mardi 27 septembre 2016

Hoyo de la Gitana

   A une trentaine de kilomètres de Salamanque, au cœur du campo charro, sur la commune de Vecinos, se trouve Galleguillos, finca emblématique de la famille Pérez-Tabernero.



















   Nous sommes à la mi-septembre et pourtant vaches et utreros ont encore de l'herbe, certes sèche, jusqu'au genou. Solo pan, dit le ganadero, le jambon viendra s'il se met à pleuvoir.
   Très ibarreña de type (origine Graciliano oblige), la camada de l'an prochain ne manque pas d'allure, parfois on retrouve l'empreinte des sementals de Joaquin Buendía utilisés dans les années soixante.


















Novillos pour Arnedo. Ici on n'utilise pas les fundas; cela nécessiterait trop de manipulations pour les toros ce qui risquerait de dénaturer leur nécessaire sauvagerie, pensent les éleveurs.


















   La plaza de tienta est tirée à quatre épingles, comme toutes les installations de la finca. Sur le mur extérieur les fers familiaux d' Alipio Pérez-Tabernero et de Pilar Población del Castillo. Mais ceci est une autre histoire (compliquée) sur laquelle nous reviendrons prochainement.

   Au cours de cette temporada Hoyo de la Gitana a lidié un toro (puissant et encasté) à la corrida-concours de Vic Fezensac, six toros (coriaces) à Orthez, et douze novillos à Calasparra et Arnedo (prix du meilleur novillo de la feria à Calasparra).

jeudi 15 septembre 2016

Salamanque




















Mardi 13 septembre 2016     La Glorieta     Salamanca
temps frais et venteux
demi-arène

6 toros d'El Pilar (7 piques, ovation au 4, sifflets au 3) pour Enrique Ponce (une oreille, deux oreilles), Javier Castaño (palmas, une oreille) et José Garrido (silence, une oreille)

Beaucoup de jeunes et d'aficion dans les vastes arènes de Salamanque mais peu de grand public. On peut penser que le prix des places pratiqué par la casa Chopera, organisatrice en ce lieu, y est pour quelque chose.
La tarde commença dans l'émotion par une minute de silence à la mémoire d' Alipio Perez-Tabernero Sánchez décédé à Salamanque le jour même, puis par une ovation à Javier Castaño qui, à la faveur du remplacement de Roca Rey, retrouvait le ruedo de son arène d'adoption après les problèmes de santé que l'on sait.
Les toros d'El Pilar ont été meilleurs que ce que leurs dernières sorties laissait craindre.Inégalement mais bien présentés, astifinos, aucun ne s'illustra à la pique, mais le 2 et le 4 par leur comportement encasté, furent intéressants de bout en bout.
Après plus de 25 ans au sommet, Enrique Ponce est encore habité par une énergie et une soif de triomphe hors du commun. Face à la charge vive et encastée de Bellito, quatrième toro de l'après-midi, il dut aller au-delà de ses facilités habituelles pour, après une longue faena pleine de haut et de bas, parvenir à dominer pleinement son adversaire.
Plus que jamais le meilleur de Castaño c'est sa cuadrilla. Voir Fernando Sánchez avancer vers le toro con desparpajo et clouer entre les cornes est tout un spectacle. Quant à Marco Galan il ne lui a fallu que trois passes pour assurer la brega du cinquième, pourtant manso, une pour chaque paire de banderilles.
José Garrido remplaçait Alejandro Talavante. Bien que le moins bien servi, il confirma qu'il est un torero sur qui il va falloir compter. Il donna au 6 un récital par véroniques gagnant du terrain et toréant avec une cape réduite au minimum qui fit lever les tendidos. Le grand moment de la tarde.

vendredi 2 septembre 2016

Retour sur Bilbao

   Depuis que je la fréquente, la feria de Bilbao a connu bien des hauts et des bas.
   Dès mon premier rendez-vous avec elle, elle m'a posé un lapin. Il a suffi que le Viti tâte deux fois de son escarpin noir le sable gris et humide de Vista Alegre en faisant la moue pour que la corrida soit annulée. C'était un samedi, il avait fait une averse avant la corrida comme cela arrive parfois au Pays Basque, la plaza n'était remplie qu'aux deux-tiers malgré l'intérêt du cartel (toros de La Corte, Viti, Paquirri, Teruel). Les toros de La Corte avaient, parait-il, des cornes terribles. Le lendemain c'était ma première miurada. Dans ma jeune naïveté je m'imaginais que les pensionnaires de Zahariche allaient tout casser, ils se contentèrent d'être beaux et intéressants, les toreros se donnèrent à fond (Manolo Cortes, Roberto Dominguez, El Puno). On peut voir, si je me souviens bien, quelques magnifiques photos de cette course dans l'édition originale de Miura du Tio Pepe.
   La ville et la région  furent frappées de plein fouet par la crise des vieilles industries qui ravagea aussi à la même époque le nord et l'est de la France, la feria déclina peu à peu. La violence politique n'arrangea rien et l'irruption d'une vraie fête populaire dès qu'on fut certain que le cadavre de Franco ne bougerait plus sembla plutôt déranger la sérieuse ordonnance du rituel taurin bilbaino. Les éléments naturels se mirent de la partie et, le 26 août 1983, au lendemain d'un succès tonitruant d'Espartaco, le centre de Bilbao fut dévasté par les eaux qui emportèrent tout et tuèrent plusieurs dizaines de personnes.
   Au cours des années 90 et au début des années 2000 la feria, comme la ville, a peu à peu retrouvé son lustre pour connaitre un apogée au tournant des années 10 de ce nouveau siècle.
   Aujourd'hui, presque 20 ans après l'ouverture du Guggenheim (1997) et  presque dix ans après le début de la crise économique (2008) la ville est resplendissante mais la feria taurine va mal. Elle a perdu une partie de son public et son identité s'est brouillée. Depuis trois ou quatre ans, il manque chaque jour 1000 à 2000 spectateurs à Vista Alegre  pour éviter le spectacle désolant qu'offrent ces sièges bleus inexorablement inoccupés. Encore que, à bien y regarder, il s'est produit à l'intérieur des arènes un étrange phénomène de migration. Les tendidos hauts de l'ombre et une grande partie des tendidos soleil se sont vidés alors que les gradas ombre sur lesquelles n'étaient éparpillés, de tout temps à jamais, que quelques centaines de spectateurs sont aujourd'hui très abondamment peuplés. Quand on sait qu'une grada ombre vaut 18 € alors qu'un tendido haut en vaut 70, on comprend, crise économique aidant, la logique de ce mouvement. C'est, en tout cas, un sacré manque à gagner pour celui qui fait les comptes à la fin de la feria.
   Toujours est-il que ce public, que j'ai toujours trouvé plan-plan et passif (bien loin du mythe du public le plus intransigeant d'Espagne qui avait cours à une époque très lointaine) a eu cette année à plusieurs reprises des réactions assez virulentes et toujours justifiées. Je ne parle pas de la bronca à Morante, qui dans toutes les arènes de la géographie taurine, est constitutive du morantisme, mais plutôt, par exemple, des quolibets qu'aura entendu tout au long de la course Victorino Martin pour son lot minable en tout, des sifflets entendus ce même jour par les deux toreros (Curro Diaz et Paco Ureña) pour des prestations bien en-dessous de ce que l'on était en droit d'attendre d'eux compte tenu de ce qu'ils ont montré cette temporada en d'autres lieux, des sifflets lors du paseo de la corrida du vendredi justifiés par les magouilles d'arrière-boutique qui ont empêché l'inclusion de Javier Jimenez au cartel. Un public qui a voulu rappeler aux organisateurs que l'avenir de la feria passait par son respect.
   Un avertissement de plus à la Junta Administrativa et à la casa Chopera qui, jusqu'à présent, dans les mesures qu'ils ont prises, n'ont réussi qu'à écorner l'image de sérieux qu'ont toujours eue les toros à Bilbao. Cette année outre la gestion désastreuse de l'absence de Roca Rey, la présentation des toros de Victorino Martin est un bon exemple de cette dégradation : des toros qui avaient un trapío propre à une arène de deuxième catégorie mais en aucun cas adapté aux attentes du public de la plaza de Bilbao.



Bilbao 25 août 2016 ( Victorino Martin, Curro Diaz, Paco Ureña) des vides inquiétants à l'ombre (c'est pire au soleil)


... mais du monde aux gradas qui sont habituellement quasiment vides.

samedi 27 août 2016

Bilbao

















Vendredi 28 août 2016   plaza de toros de Vista Alegre   Bilbao
beau temps
demi-arène

6 toros d'Alvaro Domecq "Torrestrella", sérieux (12 piques, ovation au 5) pour Lopez Simon (pitos, silence) et José Garrido (saluts, vuelta, oreille, ovation)

Voilà une corrida sur laquelle il y a beaucoup à dire tant il s'est passé de choses durant deux heures et demie.
Il n'est pas commun que les matadors défilent sous les sifflets. C'est pourtant ce qu'ont entendus les deux maestros au cours du paseo. Sifflets avant tout destinés aux organisateurs (Junta administrativa et casa Chopera) pour n'avoir pas inclus un troisième jeune torero à la place de Roca Rey, blessé, dans ce cartel qui se voulait celui de l'avenir. Tout le monde pensait bien sûr à Javier Jimenez tout récent triomphateur madrilène. Un mauvais point de plus pour l'empresa après l'indécente présentation des toros de Victorino Martin hier.
L'attitude de Lopez Simon a aussi été inhabituelle. L'artifice d'un matador consiste bien des fois à cacher sa peur, ses doutes, ses insuffisances derrière des attitudes de prestance. Lopez Simon, lui, s'est effondré physiquement et moralement, à tel point qu'il a dû rejoindre l'infirmerie après la mort du troisième toro pour n'en point ressortir et laisser José Garrido en terminer seul avec les Torrestrella. Il faut dire que le Madrilène est arrivé à Bilbao plus blanc qu'un linceul, portant sur lui, dès le paseo, le poids d'une temporada dans laquelle son entourage semble n'avoir pour but que de le presser plus fort qu'on ne presse une olive à Jaen. Les sifflets du début n'arrangèrent rien et, conséquence de son état, à la mort de son premier adversaire, il laissa échapper dans le public son descabello qui, par chance, n'occasionna qu'une simple estafilade au bras d'un spectateur.
Mais parlons de la lidia. Et tout d'abord des toros d'Alvaro Domecq. Un lot parfaitement présenté. Des toros imposants, cornalons, de robe variée. Un vrai lot de Bilbao. Et le moral fut à l'avenant. Braves, exigeants, avec un cinquième toro (prévu en 6, mais on inversa) supérieur : Barbadura, magnifique castaño, violent sous la pique, doté d'une charge encastée, avec une corne gauche d'un grand son. Sa mort fut magnifique : il poursuivit celui qui venait de lui porter l'estocade sur plus de dix mètres, puis arc-bouté au centre du ruedo, sous l'ovation, il s'agrippa au sol jusqu'à son dernier souffle. Une mort de toro brave.
José Garrido a connu, comme on dit dans le jargon taurin, une journée importante. Face aux quatre toros qu'il eut à affronter il fit preuve d'une entrega et d'une sincérité jamais démenties. Malgré des recours techniques qui sont ceux d'un jeune torero peu expérimenté, il réussit à imposer à chacun de ses adversaires des moments de toreo d'une grande qualité. Par véroniques au 2 et au 4, par de magnifiques derechazos au 2 et, point culminant de son actuation, par une série magistrale de naturelles au 5. Et ce fut beau et émouvant de le voir partir après sa lutte gagnée contre le 5, la cape sur l'épaule pour attendre le sixième a puerta gayola. Une après-midi importante aussi dans le souvenir qu'elle laissera aux spectateurs et, souhaitons le, dans les répercussions qu'elle aura pour le torero.


dimanche 21 août 2016

Mimizan






Samedi 20 août 2016           arènes de Mimizan (Landes)
beau temps frais
trois-quart d'arènes

5 toros d'Hubert Yonnet et 1 de Christophe Yonnet (2 bis, remplaçant un de ses frères qui se blessa en sautant dans le callejon), invalides (10 piques) pour Morenito de Aranda (silence, silence), Pepe Moral (silence, silence) et Thomas Dufau (silence, une oreille).

Un désastre! Un désastre de corrida en raison de l'invalidité des toros de Yonnet. Ils avaient pourtant le trapío de la maison. Rien à dire non plus sur leurs qualités morales : la bravoure et la noblesse dominaient. Mais, après des sorties tonitruantes, on avait l'impression que leur impétuosité se dissolvait progressivement pour atteindre, au troisième tiers, le néant total. Seul le dernier, plus circonspect à la sortie, conserva suffisamment de force pour combattre jusqu'au bout. Ce fut le seul de l'après-midi à pouvoir supporter plus de deux passes liées sans s'affaler. Les héritiers d'Hubert Yonnet ne manquent pas d'ouvrage s'ils veulent redonner tout son lustre au plus ancien et plus prestigieux fer français.
Face à un tel bétail, les matadors se cantonnèrent dans un rôle d'infirmier. Avec sa finesse habituelle pour Morenito de Aranda, avec de bonnes réceptions à la cape pour Pepe Moral. Thomas Dufau, face au sixième, fit le minimum nécessaire pour couper une oreille, mais resta en dessous des possibilités de son adversaire, en particulier sur la corne gauche qui semblait permettre un toreo plus consistant que celui proposé par le Landais.
Les belles et originales arènes mimizanaises et leur aficion méritaient mieux que cette anti-corrida.

jeudi 18 août 2016

Quelques photos des Saltillo à Roquefort

     Les novillos de Saltillo lidiés à Roquefort avaient de la bravoure, mais aussi du trapío dans le sens premier du mot : du chien, de l'allure. Le bon public roquefortois ne s'y est pas trompé et tous (sauf le cinquième aux embouts abimés) furent applaudis à leur sortie.
     Voici quelques photos dont la qualité surprendra sur ce blog (cliquer dessus pour les agrandir). Et pour cause, elles sont de Laurent Bernède, aficionado a los toros et remarquable photographe amateur.
















 Le 1 : Vizcaino n°10


















  Le 2 : Lominado n° 5


















 Le 3 : Rastrojero n° 29























Le 6 : Jardinero n°14

lundi 15 août 2016

Saltillo : le retour

   
















     A Roquefort, en ce dimanche 14 août 2016, les novillos marqués du prestigieux fer de Saltillo ont tous offert des combats de haut niveau, développant des qualités de bravoure et de noblesse que l'on observe rarement avec une telle constance dans une plaza de toros. En témoignent les 16 piques sérieusement poussées dont deux chutes obtenues à la régulière. Ensuite, malgré des lidias parfois approximatives, tous avaient des charges qui permettaient de se confier, de pratiquer le toreo pur et de couper des oreilles.
     Après la terrible corrida de Madrid lors de la dernière San Isidro, quasiment illidiable de l'avis général, la surprise était de taille et de nature à changer le regard que l'on porte sur la ganaderia. Certains auront sans doute trouvé que la balance avait cette fois trop penché du côté de la facilité. Et c'est vrai que, au troisième tiers, les charges pastueñas dominèrent. Mais il est bon de rappeler que ce comportement est dans la logique de cet encaste qui, de Guerrita à Joselito, fut longtemps recherché par les meilleurs matadors et dont la "dulzura" a séduit l'aficion mexicaine.
     Ce que l'on peut souhaiter aujourd'hui, c'est que le mundillo ne fasse pas payer trop cher à José Joaquin Moreno de Silva la corrida de Madrid. La novillada de Roquefort vient à point pour montrer qu'il y a dans cet élevage des trésors de bravoure que, par les temps qui courent, il serait catastrophique d'ignorer. Et l'on peut même se prendre à rêver à un renouveau de l'élevage. Après tout, Felix Moreno Ardanuy, le grand-père de l'éleveur actuel avait déjà réussi à redonner tout leur lustre aux Saltillo qu'il avait rachetés au début du siècle dernier. Plus près de nous comment ne pas penser aussi à la réussite de Victorino Martin avec les cousins saltillos passés par le comte de Santa Coloma ... Ojala!

mercredi 27 juillet 2016

Notes sur ma Madeleine 2016



  • Snobisme toriste
De nombreux aficionados (dont votre serviteur) avaient choisi d'ignorer la corrida de Nuñez del Cuvillo. Erreur. Sérieusement présentée, avec quelques bons toros et des matadors à leur meilleur niveau (Ponce, Manzanares, Dufau), ce fut la corrida la moins incomplète de la feria, me dit-on de tous côtés.

     • Oracles
Eleveurs et taurins nous bassinent à longueur de temporada sur les hechuras parfaites du toro destiné à embestir. Mais c'est toujours après la course qu'on nous explique qu'avec une telle conformation il était impossible que "Tuertolito" charge correctement. Où étaient-ils, samedi, les oracles du trapío pour embestir qui ont laissé sortir six Fuente Ymbro imbuvables et avaient laissé Minucioso, seul bon toro des sept Fuente Ymbro, comme sobrero?

     • Handicap
Par rapport à leurs cousins des élevages commerciaux qui ont toutes les chances d'être toréés par un fringant matador, les toros des élevages durs souffrent souvent d'un sérieux handicap. Celui de tomber entre les mains d'un matador en dehors du coup. C'est ce qui est arrivé à trois Cebada Gago samedi. Rafaelillo, que l'on croyait dans une période de calme plénitude, a été insupportable : nerveux, heurté, brusque, criard; il a toréé avec une hache en guise de muleta et a rendu le 4 bien plus difficile qu'il n'était au départ. Quant à Perez Mota, que l'on avait pourtant vu plusieurs fois à son avantage lors des temporadas précédentes, il s'est effondré face à l'excellent toro de troisième tiers que fut Soguero et n'a pas remonté la pente face au très brave Volador. Pendant ce temps, Curro Diaz dansait avec la plus laide. Mala suerte.

     • Révélation
Tout le monde a été très agréablement surpris par les excellents novillos de Virgen Maria, l'élevage andalou du Français Jean Marie Raimond. Douze grosses piques prises avec bravoure et codicia dont ils sont sortis gaillards, prêts à assumer pleinement les deux autres tiers, ce qu'ils firent avec caste et franchise.
Il faut sans doute profiter de cet élevage avant qu'il ne devienne comme les autres...

mardi 26 juillet 2016

Mont-de-Marsan



















Dimanche 24 juillet 2016    arènes du Plumaçon    Mont-de-Marsan
beau temps
lleno

6 toros de Miura (14 piques, pitos aux 1 et 2, palmas aux 4, 5 et 6) pour Fernando Robleño (silence, salut), Javier Castaño (silence, silence) et Alberto Lamelas (silence, une oreille).
Salut du banderillero Raul Ruiz au quatrième.

Commencée sous le signe de la colère en raison des problèmes locomoteurs des deux premiers toros, cette cinquième et dernière corrida des fêtes de la Madeleine s'est terminée dans l'émotion la plus authentique que peut susciter une corrida grâce au combat héroïque d'Alberto Lamelas face à Estanquero, le dernier miura de la tarde.
Alberto reçoit son adversaire par une larga cambiada afarolada de rodilla a puerta gayola, puis, près des planches, une autre larga (debout cette fois), des véroniques templées et une rebolera. C'en est trop pour le miura qui crochète le torero, l'envoie au tapis d'un uppercut au visage puis le reprend au sol, l'expédie dans les airs et le jette contre le burladero. Toute l'arène est saisie d'effroi mais, miracle, le maestro, visage ensanglanté pourra repartir au combat et après une faena toute de courage et une estocade en se mouillant les doigts coupera l'oreille de son adversaire aux cris de "torero, torero". Grandeur de la tauromachie!
Après la course, à l'hôpital, trente points de suture recoudront cuir chevelu, joue et dos du héros de la journée.
L'expérience et la technique de Fernando Robleño et de Javier Castaño leur permirent de se tirer honorablement des traquenards tendus toute la soirée par les miuras.
En effet, ceux-ci, inégaux de prestance mais beaux et variés de pelage, avaient un point commun : l'absence totale de ce que l'on appelle en tauromachie la noblesse. Tous raccourcissaient leurs charges, cherchaient l'homme derrière le leurre et se retournaient en quête d'un mauvais coup. Le quatrième, magnifique sardo, fut l'auteur d'un saut parfaitement ajusté dans le callejon. Le 6, enfin, poussa bravement, sur la première pique, jusqu'au centre du ruedo.


jeudi 21 juillet 2016

Retour sur la mort tragique de Victor Barrio

   La mort tragique de Victor Barrio dans les arènes de Teruel, quelques semaines après celles du jeune novillero Renato Motta au Pérou et d'El Pana, vieux matador chevronné au Mexique, a bouleversé les aficionados. Après plus de vingt ans sans tragédie de cet ordre, ces morts viennent nous rappeler à quel point la corrida n'est pas un spectacle ordinaire. La mise à mort du toro dans l'arène peut se payer au prix le plus fort, celui de la vie d'un homme. Il faut, pour devenir torero, non seulement accepter l'hypothèse de cette mort mais aussi la dépasser, être capable la mépriser pour espérer devenir l'être d'exception qu'est le combattant de l'arène. Il s'agit, comme le souligne Francis Wolff, d'une éthique aristocratique mise à portée du peuple. Chaque torero, de la vedette médiatique jusqu'au banderillero le plus modeste, qui torée en respectant la sincérité du jeu de l'arène, devient ainsi un véritable héros.






















   Mais revenons à la médiocrité. La mort d'un matador, quelle joie, quelle délectation pour les militants anti-taurins d'aujourd'hui! La toile s'est aussitôt emplie de centaines de commentaires pleins de morbide satisfaction. Avec quel plaisir ils assisteraient à une corrida s'ils avaient l'assurance qu'à chaque fois un humain y laisserait la vie! On voit bien, par ces réactions, de quel côté sont les barbares et combien pourrait devenir dangereuse pour l'humanité et ses valeurs cette idéologie animaliste si elle parvenait à dépasser le stade du militantisme borné. Par l'étalage irrépressible de la jouissance qu'ils éprouvent à la vue du torero mort, les anti-taurins dévoilent, eux les soi-disant bons apôtres, leur vrai visage, celui de l'abjection et de la haine de l'humain.

Photos : Victor Barrio novillero à Saintsever en 2010

jeudi 7 juillet 2016

Saltillo y Santa Coloma à Roquefort


Le dimanche 14 août, dans les arènes de Roquefort-des-Landes, se donneront deux novilladas aux cartels particulièrement attrayants. Deux ganaderias issues des encastes dits minoritaires feront en effet combattre leurs novillos dans la monumental des Pins.
Alors que la plupart des nouveaux élevages français ont opté de manière très conformiste pour du bétail d'origine domecq, Jean François et Emmanuel Turquay ont fait le choix courageux d'élever du santacoloma. On pourra juger du fruit de leur travail en ce dimanche matin avec les quatre erals qui seront lidiés par Cristobal Reyes et Antoine Madier.
L'après-midi ce seront des novillos de l'historique ganaderia de Saltillo qui fouleront le sable du ruedo roquefortois. L'élevage a créé la polémique lors de la dernière San Isidro. Le lot, manso et très difficile, a suscité une tarde pleine d'émotion mais aux antipodes de la tauromachie actuelle. Pourtant lors de la temporada précédente, un lot brave et noble avait permis à de modestes matadors de couper des oreilles. Qu'en sera-t-il à Roquefort? Après la corrida de Céret, la novillada du 14 août sera un test important pour juger de l'évolution de la ganaderia.






















L'affiche de la journée est classique. Celle à laquelle vous avez échappé, imaginée par Xavier Martin sur le modèle déjà culte de celle de la préfecture, ne manquait pas d'humour, mais elle ne pouvait être retenue pour la simple et bonne raison que, contrairement à ce que croient certains touristes égarés que l'on rencontre parfois dans les rues de la ville à la recherche des fameuses caves, ce n'est bien sûr pas à Roquefort-des-Landes que l'on fabrique le célèbre fromage.






















le projet d'affiche signé Xabi

samedi 2 juillet 2016

Conduite alimentaire imparfaite

   Le Club Taurin Vicois, par un communiqué signé du vétérinaire Jerôme Derrey, donne, comme il s'était engagé à le faire, le résultat des analyses pratiquées à la suite des problèmes récurrents de perte de sabots durant la dernière feria. Il ressort de ce communiqué que "l'explication la plus probable est que ces animaux étaient atteints d'une acidose latente due à une conduite alimentaire imparfaite, alimentation trop riche en glucides et protéines."
   J'aime bien le doux euphémisme employé par le vétérinaire lorsqu'il parle d' "une conduite alimentaire imparfaite" et que l'on pourrait traduire - c'est en tout cas ma traduction personnelle - par : depuis plus de vingt ans qu'on fait des études et qu'on leur dit de faire gaffe à ce qu'ils mettent dans la gamelle de leurs toros, les éleveurs sont des incompétents notoires et de parfaits imbéciles en s'évertuant à n'en faire qu'à leur tête. Incompétent, c'est en effet le terme qui convient lorsque dans sa profession on n'est pas capable d'utiliser les ressources mises à sa disposition pour obtenir les meilleurs résultats possibles. Imbécillité également puisque les résultats obtenus - des toros malades et faibles - vont à l'encontre des résultats espérés.
   A moins que, sous la pression des organisateurs, des publics et de la critique, les ganaderos soient conduits à privilégier les apparences : un toro parfaitement rematé mais au prix du risque de la maladie et de la faiblesse.
   Ou que - et cela est plus cynique et vaudrait pour les élevages les plus commerciaux - on privilégie une certaine faiblesse dans l'espoir de complaire aux figures et de faire partie de leurs élevages de prédilection.












Des animaux bien rematés (Rosa Bonheur, Labourage nivernais, 1845, Musée d'Orsay)

NB  On trouvera sur le blog Vingt passes, pas plus beaucoup d'excellentes contributions vétérinaires sur l'alimentation du toro de combat et sa relation avec son comportement dans l'arène.

dimanche 26 juin 2016

Corrida de La Brède : la toreria de Curro Diaz


Samedi 24 juin 2016
6 toros de Fuente Ymbro (7 piques) pour Curro Diaz (une oreille, deux oreilles), Lopez Simon (silence, silence) et Joaquin Galdos (une oreille, silence).

L'après-midi commence mal. Le premier toro se brise la corne gauche à la base en entrant violemment dans le peto. Mouchoir vert et Curro Diaz qui doit (portative oblige) en finir avec l'accidenté.
La corrida de FUENTE YMBRO est bien, voire excellemment, présentée, la plupart des bichos n'auraient pas déparé dans une arène de catégorie supérieure à celle de La Brède. En revanche, leur comportement laissa trop souvent à désirer. On retrouva, en effet, l'irrégularité à laquelle nous a habitué depuis quelque temps l'élevage de Ricardo Gallardo, en particulier une faiblesse de pattes qui fit que l'on réduisit le tercio de pique, ce qui n'empêcha pas l'invalidité des deuxième et sixième.
Loin des paillettes médiatiques, face à des toros de respect, il est un torero qui est en train d'accomplir une saison remarquable, j'ai nommé Curro DIAZ, sans doute le matador le plus intéressant du moment. Il a connu aujourd'hui une tarde complète : lidiador, artiste, estoqueador. Avec intelligence et assurance, sens des terrains et des distances, il construisit deux trasteos complets en modelant la charge de toros qui n'avaient au départ rien d'évident et qui, entre ses mains, sont allés a mas et ont paru bien meilleurs qu'ils n'étaient en réalité. Avec en prime un engagement total à l'estocade qui lui valut une cogida au 1bis et qui tua le 4 sin puntilla.
Après avoir l'an dernier fait faux bond aux organisateurs, LOPEZ SIMON a bien foulé ce samedi le sable de la placita de La Brède. Présent, mais avec la tête d'un présentateur de télévision annonçant le brexit de nos amis d'outre-Manche. Il est vrai que le sorteo ne le favorisa pas.
Joaquin GALDOS étrennait sa récente alternative istréenne. Il eut, avec le troisième, le meilleur toro de l'après-midi, un toro qui chargeait  avec alegria et son. Sa faena, inégale, connut de bons moments à droite qui lui permirent, après une entière, de couper une oreille.
Entrée habituelle (quasi lleno) et musique de fête foraine gênante.

 Curro Diaz


vendredi 17 juin 2016

Corridas en Catalogne en 2016

Céret

Samedi 16 juillet  
Aurelio Hernando
Curro Diaz - Ivan Fandiño - Pérez Mota

Dimanche 17 juillet
11h. novillada    Vinhas
Guillermo Valencia - Abel Robles - Sebastian Castillo

18h.    Saltillo
Fernando Robleño - Alberto Aguilar - José Carlos Venegas

 site de l'ADAC






















Millas

Dimanche 7 août
novillada concours
Gallon - Blohorn - Granier
Tardieu - L'Astarac - Camino de Santiago
Cristian Climent - Leo Valadez - Adrien Salenc






lundi 6 juin 2016

Captieux





Dimanche 5 juin 2016   arènes Jean Sango   Captieux
beau temps
lleno

6 novillos de El Tajo La Reina (7 piques) pour Joaquin Galdos (silence, salut), Adrien Salenc (1 oreille, 1 oreille) et Carlos Ochoa (1 oreille, vuelta).

L'originalité du cartel venait de la confrontation entre un novillero expérimenté, le Péruvien Joaquin Galdos qui faisait sa despedida de novillero avant sa prochaine alternative à Istres, et Adrien Salenc et Carlos Ochoa qui, eux, débutaient en novillada piquée. Comme on pouvait s'y attendre, c'est l'enthousiasme des débutants qui a conquis les faveurs du public.
Le premier n'étant qu'un novillote invalide, Joaquin Galdos ne put réellement toréer que son deuxième adversaire devant lequel il se montra précis et technique, mais froid.
Adrien Salenc surprit agréablement par son aisance face au costaud second auquel il lia de belles séries de derechazos. Face aux charges piquantes et brusques du cinquième, le Français fit front avec vaillance et vista.
Le Madrilène Carlos Ochoa, con ganas ... et nervosité, montra qu'il pouvait aussi pratiquer avec bonheur  le toreo classique et fondamental. Temple, poignet délié et capacité à allonger les passes lui permirent de tirer profit du mollasson dernier en naturelles d'excellent tracé.
Voici deux novilleros qu'on reverra avec plaisir et qui méritent qu'on leur fasse confiance.
Les novillos de José Miguel Arroyo "Joselito", bien roulés (sauf le premier), se montrèrent médiocres à la pique. Ils avaient plus de nerf que de bravoure, plus de mobilité que de vrai noblesse.
Après dix minutes de retard au paseo et quelques bredouillements du président au microphone, on rendit hommage à Renato Motta et El Pana, récemment victimes de leur passion, par une minute d'applaudissement.


vendredi 3 juin 2016

La mort d' El Pana

   Artiste dans sa vie, artiste dans ses mots, artiste dans l'arène, Rodolfo Rodriguez "El Pana" est mort hier à la suite de la terrible cogida qui l'avait laissé tétraplégique le 1er mai dans les arènes de Ciudad Lerdo. L'homme aux trincherazos définitifs est désormais entré dans la légende des toreros romantiques.
   En guise d'hommage, je ne résiste pas au plaisir de reproduire le brindis qu'il adressa aux prostituées lors de l'une de ses despedidas des arènes de Mexico en 2007 :
   "Quiero brindar ese toro, mi ultimo toro de mi vida de torero en esta plaza, a todas las daifas, meselinas, meretrices, prostitutas, suripantas, buñis, putas, a todas aquellas que sacieron mi hambre y mitigaron mi sed cuando "El Pana" no era nadie, que me dieron protección y abrigo en sus pechos y en sus muslos base de mi soledades. Que Dios las bendiga por haber amado tanto. Va por ustedes." 

  El Pana avait fait sa présentation en France le 20 juillet 2014 dans les arènes de Tyrosse devant des toros de Rehuelga. Voici quelques photos de l'évènement :







dimanche 22 mai 2016

Toros 2016 : juin en Gironde



CAPTIEUX
Dimanche 6 juin
17h   novillada
El Tajo La Reina
Joaquin Galdos - Adrien Salenc - Carlos Ochoa

Rugby y toros, le blog

affiche 2016

LA BRÈDE
Samedi 25 juin
11h30   novillada sans picadors
Frères Bats "Alma Serena"
Jean Baptiste Molas - Baptiste Cissé

18h   corrida
Fuente Ymbro
Curro Diaz - Lopez Simon - Joaquin Galdos

programme

Affiche Corrida La Brede 2016

   Joaquin Galdos fera sa despedida de novillero à Captieux avant de prendre l'alternative à Istres le 19 juin et de réapparaitre en Gironde à La Brède, cette fois en tant que matador de toros.
   La plaza de Captieux semble par ailleurs être très prisée pour les présentations con los del castoreño. Ils seront deux cette année : le Français Adrien Salenc, triomphateur des novilladas sans picadors françaises l'an passé, et l'Espagnol Carlos Ochoa.
   Le Cartel de La Brède est de grand intérêt avec les toros de Fuente Ymbro, capables du pire mais aussi du meilleur, la présence de Curro Diaz, un des meilleurs toreros actuels, enfin l'arrivée (tardive) de Lopez Simon qui, on l'espère, ne s'égarera pas cette année sur des chemins de traverse.



jeudi 19 mai 2016

Vic 2016 : les matadors

Curro Diaz
   La présence de Curro Diaz à Vic (en remplacement de Rafaelillo) rappelait les temps, maintenant lointains, où les organisateurs n'hésitaient pas à faire appel à des artistes andalous. On y a ainsi vu à plusieurs reprises Curro Vazquez, dont une fois en mano a mano avec Ruiz Miguel.
   Le Linarense du jour a acquis une sérénité et une assurance qui en font, outre ses qualités d'artiste, une valeur sûre. Il fit piquer ses toros avec modération et, après une hésitation, se montra parfait lidiador et artiste sincère face au quatrième Iban. Cela nous vaudra de belles naturelles, après lesquelles il retourne avec succès sur la corne droite qui l'avait mis en difficulté en début de faena. Et deux estocades d'école! Une oreille.

Morenito de Aranda
   Sa faena au cinquième Baltasar commence par une série magnifique puis va en s'effilochant, a menos comme le toro, sans que l'on sache si la faute en incombe au torero ou au toro. Oreille malgré tout.

Lopez Chaves
   La prestation du Salmantin fut avec celle de Curro Diaz la bonne surprise de cette feria. Visiblement motivé, il  montra ses qualités de lidiador chevronné et fut un excellent chef de lidia. Il sut profiter, dans son style macho et sans finasserie, des bonnes dispositions de son premier Valdellán. Une oreille.




Javier Cortés
   Malgré ses carences à l'épée (déjà!), novillero, Javier Cortés avait laissé de bons souvenirs dans la région. Aujourd'hui, après une période de vaches maigres, le voici remis en selle par Fernandez Meca. Sans doute attendait-on davantage de lui, mais il est encore vert car il a très peu toréé ces dernières années.
  Après une bonne réception à la cape, il a très bien débuté sa faena avec Salta Cancela, le toro primé de Los Maños. Puis il s'est laissé entrainer vers les planches, la fin de la faena a été confuse et pour terminer il a regrettablement tué d'un vilain bajonazo. Vuelta al ruedo (accompagné de son picador Gabin Rehabi).

José Carlos Venegas
   La prestation de Venegas à son second Valdellán a constitué un remarquable moment de pédagogie.
   Première partie : Comment toréer sur le voyage. Les passes s'enchainent, sans effet sur le toro, sans effet sur le public. Sur le sable, ça bouge, ça va, ça vient mais il ne se passe rien.
   Puis une prise de conscience, peut-être aidée par l'extérieur (le public ?, le callejon ?).
   Et donc deuxième partie : Je me centre, je rentre dans le terrain du toro, je le détourne, bref je torée. Et là, miracle, le public réagit, les ovations crépitent. Ce qui était sans âme et sans efficacité s'est transformé en beau et bon toreo. Vuelta après pétition.

Manuel Escribano
   Le Sévillan dut tuer trois Victorino à la suite de la blessure de Paco Ureña. Il le fit en professionnel aguerri et essaya de tirer le maximum du dernier toro. Un seul reproche : ses laides estocades traserissimas.

Paco Ureña
   Paco Ureña a voulu toréer comme il le fait habituellement : avec sincérité. Peut-être Mecenas, un dangereux Victorino, ne valait-il pas cette sincérité. Toujours est-il que le Murciano finit la course à l'infirmerie avec un coup de pointe à la jambe, après en avoir fini dignement avec son adversaire.




Juan del Alamo
   Il fit piquer excessivement ses toros et manqua de respect envers son toro blessé en essayant de le toréer malgré son pied abimé.

Luis Miguel Encabo
   Luis Miguel Encabo est une vieille connaissance, il était plus pimpant il y quelques années. Il laissa partir le bon Pedres avec ses deux oreilles.

Thomas Dufau
   Le local avait amené du monde aux arènes. Il assuma avec efficacité le travail de mise en suerte lié aux impératifs d'une corrida-concours. Jamais en difficulté (Dufau est un torero technique) mais jamais non plus au cœur de l'action. Dommage, car ses deux adversaires (Hoyo de la Gitana et Pedraza de Yeltes) offraient des possibilités.

César Valencia
   Sincère mais tendre, le petit Vénézuélien, qui avait été la révélation de la feria précédente, se trouva en difficulté face au redoutable sobrero de Valdellán. Les professionnels disent que toréer un toro qui ne se fixe pas est la chose la plus dangereuse de ce métier déjà en lui même dangereux. César Valencia, jouant son va-tout (il n'avait pu toréer son premier adversaire handicapé) en fit l'amère expérience avec blessure grave à la clé.

Perez Mota
   Le Gaditano fut à la dérive avec ses deux Victorino.

mardi 17 mai 2016

Vic 2016 : les toros

   Voilà une feria qui avait tous les atouts pour être une grande feria. Des toros magnifiquement présentés, d'excellente origine, majoritairement braves et encastés. Mais patatras! un grain de sable est venu se glisser entre les sabots de ces toros. Un malaise s'installe et chaque corrida, bien que comportant des moments de grand intérêt, se termine avec un sentiment de frustration et d'inaboutissement. Mais venons en aux faits. Samedi, deux Baltasar Iban, dont l'excellent sixième, perdent leur sabot. Dimanche, les deuxième et troisième Valdellan finissent gravement handicapés, pied en sang; le sixième est changé préventivement. Lundi, enfin, le quatrième et meilleur Victorino de l'après-midi, se lésionne durant le tercio de banderilles, perd un sabot et contraint Manuel Escribano à abréger. Si l'on ajoute à cela les problèmes qu'avaient connus les novillos d'Hoyo de la Gitana en septembre dernier (les organisateurs avaient été obligés de les remplacer à la dernière minute en raison de l'état de leurs sabots à la suite de leur séjour dans les corrals vicois) et si l'on prend en compte le fait que les toros de la corrida-concours - qui n'ont pas eu de problèmes de ce type - ont attendu, eux, dans les corrals de la plaza voisine d'Eauze, point n'est besoin d'être Sherlock Holmes pour en conclure qu'il y a un grave souci avec les corrals des arènes de Vic. A ce stade, la seule chose que l'on puisse souhaiter c'est que les hommes de l'art (les vétérinaires en l'occurrence) puissent identifier le problème et permettre de le résoudre. Et que l'an prochain il ne soit plus qu'un mauvais souvenir.

Baltasar Iban
   Très bien présentés, très armés, les Baltasar Iban ont été très intéressants au cheval (15 piques). Ensuite ils sont inexorablement allés a menos, mais Peletero, le 6, malgré son handicap, partait au moindre toque et avait une charge longue. Una pena!

La corrida-concours
   Manuel QUINTAS : Le berrendo de lointaine et éventuelle ascendance Jijon a de l'allure et veut du cheval. Mais il devient parado après la première pique. Pitos
   Los MAÑOS : Salta Cancela, beau santacoloma cárdeno sera le héros du jour grâce à un tercio de pique d'anthologie. Quatre piques, la dernière donnée avec la pique de tienta, dont deux depuis l'opposé de la piste, en poussant chaque fois avec une obstination telle qu'il était difficile de lui faire quitter le cheval. Très noble sur la corne droite, plus retors à gauche, il accusa le coup en fin de combat ce qui le conduisit à rechercher l'appui des planches. Vuelta al ruedo et prix au meilleur toro (prix au meilleur piquero pour Gabin Rehabi)
   HOYO de la GITANA : Noticiero est un santacoloma puissant qui animera un tercio de pique accidenté. Il se montre tardo mais violent en quatre assauts pour deux chutes (très bien Nicolas Bertoli). Il gardera le même comportement au troisième tiers, offrant des charges soutenues lorsque l'on pénétrait sur ses terres, ce qu'hésita à faire Thomas Dufau.
   PEDRES : Encore un bon toro avec Macareno, imposant colorado de Pedres. Il est piqué à quatre reprises, mais s'il vient avec alegria, il ne s'emploie pas sous le fer. Puis il révèle une grande noblesse à la muleta. Un toro de deux oreilles ...  avec lesquelles il repartira.
   FLOR de JARA : Petit mais bien fait, le cinqueño de Flor de Jara est discret en trois piques (mal données) puis noble mais soso à la muleta.
   PEDRAZA de YELTES : Potrico déçoit à la pique car il est très long à s'élancer par trois fois. Il possède en revanche une belle charge à la muleta.

Valdellán
   Lot bien présenté et bien armé. Avec de la puissance, en témoigne la vingtaine de piques prises. Il paraît que les matadors ne se précipitent pas pour montrer leur face aux Valdellán. J'ai pourtant vu ce jour trois toros d'une grande noblesse. Le premier, brave de surcroît, un des meilleurs toro de la feria. Le second, moins engagé au cheval, mais très mobile et très noble. Il perdit hélas un sabot et Venegas qui avait vu tout le parti qu'on pouvait en tirer, dut se résoudre avec regret à abréger. Le cinquième, enfin, un manso qui ne se lassait pas de suivre la muleta du même Venegas.
 Une certaine psychose (justifiée par la succession de deux toros perdant leur sabot) s'étant emparé des tendidos, on renvoya, peut-être prématurément, le sixième. Son remplaçant, du même élevage, avait un petit air de Barcial. C'était un manso puissant et dangereux. Ni le tercio de piques, ni la cuadrilla lors du second tiers, ni César Valencia par la suite ne parvinrent à le fixer. Violemment pris, ce dernier reçut une grave blessure.

Victorino Martin
   Cobradiezmos : 0, alimañas : 5, sans sabot : 1
C'est le résultat du jour en ce qui concerne la corrida de Victorino. Ceux qui étaient venus alléchés par le tintouin fait autour de Cobradiezmos depuis la toute récente feria de Séville, en furent pour leurs frais.
Corrida cinqueña, sérieuse, encastée, intéressante, mais sin brillo. 17 piques, puis à la muleta, des charges courtes, des têtes qui se baissent mais pour mieux chercher les chevilles des toreros (tobilleros). Pour comble de malheur, le meilleur d'entre eux, Bochornoso, sorti en quatrième position, fut le sans sabot du jour; auparavant Paco Ureña, par excès de confiance, s'était fait blesser par le second. Il gagna l'infirmerie après l'avoir tué mais n'en revint pas.

   Malgré le bon niveau de chaque lot, un sentiment d'inachevé, chaque jour, gagna les spectateurs. Essentiellement en raison du problème récurrent de sabot. Que le public soit informé des suites de l'affaire, et que tout soit rentré dans l'ordre pour la novillada de Dolores Aguirre qui sera donnée en septembre, c'est, je pense, le souhait de tous les aficionados.
















Vic : les corrals de toutes les suspicions, ici le lot de Valdellán

lundi 2 mai 2016

Aire-sur-l'Adour























































Dimanche 1er mai      arènes Maurice Lauche    Aire-sur-l'Adour
beau temps frais
un tiers d'arène


3 novillos de Saltillo (3, 4, 5) et 3 de Valdellán (1, 2, 6) pour Manolo Vanegas (silence, silence, salut), Alejandro Conquero (blessure) et Tibo Garcia (silence, silence, silence).

Pas d'élevage vainqueur à l'issue de cette traditionnelle novillada du 1er mai qui prenait cette année la forme d'un défi ganadero entre trois novillos de Saltillo et trois santacolomas, branche Graciliano Perez Tabernero, de Valdellán. Les Valdellán furent trop faibles pour pouvoir l'emporter, en particulier Marmolejo le 2 et Maquinista le 6 qui, bien que braves au cheval, ne purent par la suite soutenir un combat complet en raison de leur manque de vigueur. Chez les Saltillo, Astador le 4 montra une belle noblesse au troisième tiers mais il avait, auparavant, longuement refusé de s'élancer pour une seconde pique. Cigarron le 5 chargea au contraire quatre fois le picador avec promptitude et allégresse mais il resta inédit au troisième tiers en raison de la blessure de Conquero.
La novillada fut accidentée. Les trois novilleros se firent prendre et Alejandro Conquero visita par deux fois l'infirmerie et ne put tuer aucun de ses adversaires. Pris chaque fois en début de faena sur des cites hasardeux, il fut suppléé par Venegas au 2  puis par Tibo Garcia au 5. Malgré son bref passage sur le sable aturin, l'Andalou fut toutefois l'auteur du moment le plus artistique de la tarde : deux magnifiques véroniques, une demi et une serpentina, données lors de son capeo d'accueil au 5. Le Vénézuélien Manolo Vanegas se montra le novillero le plus expérimenté de la terna. Il construisit une belle faena face au 4 (Saltillo) mais échoua à l'épée. Tibo Garcia continue d'apprendre; les trois novillos qu'il eut à combattre, au comportement différent, furent assurément une bonne école.
     Prix au meilleur picador : partagé entre José Ney Zembrano (1) et Gabin Rehabi (6)

vendredi 22 avril 2016

Notes sur Séville

Indulto
   Contrairement à celui d'Arrojado de Nuñez del Cuvillo en 2011, l'indulto de Cobradiezmos n'a pas suscité de polémique. Il est vrai qu'en comparaison avec ce que nous offre la cabaña brava habituellement, le pupille de Victorino Martin fut un toro réellement exceptionnel. Il a pourtant hésité et gratté avant de s'élancer pour la deuxième pique ... mais a poussé avec bravoure. Comme toujours en pareil cas c'est son comportement au troisième tiers qui a suscité la demande d'indulto.
   Même lorsqu'ils sont portés par une sincère allégresse populaire - plutôt que téléguidés cyniquement depuis le callejon - j'éprouve toujours une réserve vis à vis des indultos. J'y vois d'abord la glorification d'un produit parfaitement calibré (mais pourquoi pas après tout, à condition que la chose soit rare). J'y vois aussi une défaite de l'éthique taurine qui veut que le toro meure en défendant sa peau dans l'arène face à un matador qui prend tous les risques à l'heure de vérité.

Justice taurine
   Affronter les toros de Victorino Martin n'est pas toujours un choix de la part des matadors. Ne pas les affronter et préférer le chant des sirènes des élevages domecquisés en est un assurément. Un mauvais. Car la justice taurine veut que pendant que certains s'ennuient et ennuient devant les toros anodins qu'ils ont voulus d'autres accomplissent des exploits et sortent de l'ombre face aux Victorino.

Public
   Ce qui est extraordinaire à Séville c'est, dès lors que le torero torée bien, l'entrée en action immédiate du public. Une communion s'opère; un olé rauque, profond, dont les vibrations semblent faire trembler (mais peut-être le font-elle réellement) les solides et vieilles pierres de la Maestranza, surgit des entrailles de chaque spectateur. Cela fait partie du bonheur d'être à Séville.

Musée
   Dans l'ancien couvent de la Merced Calzada, lieu plein de charme et havre de paix, se trouve aujourd'hui le musée des beaux-arts de Séville. On peut bien sûr y admirer des toiles célèbres de Murillo et Zurbaran. Mais j'y ai découvert un tableau magnifique : La muerte del maestro de José Villegas. L'immensité de la toile et sa virtuosité technique n'empêchent pas l'émotion de naître devant cette cuadrilla recueillie devant le cadavre du maestro. Le peintre s'est inspiré de la mort de Bocanegra en plaza de Baeza le 21 juin 1889.



jeudi 21 avril 2016

12 Nuñez del Cuvillo 12

   Passer de 6 toros de Victorino, ganado à la personnalité accusée, à 12 NUNEZ del CUVILLO  n'est pas évident pour l'aficionado. Il ne faut pas revoir ses critères à la baisse, mais on sait pourtant que l'intérêt viendra avant tout des toreros et de l'ambiance de la Maestranza.
   Leur présentation est bonne et régulière. Tous sont bien armés, astifinos (seul le premier de Castella aura une corne abîmée). Les poids s'échelonnent de 535 kg à 589 kg. Les plus beaux me paraissent être les noirs, très nettement minoritaires (4 sur 12).
   Leur comportement à la pique est inquiétant. Non qu'ils la refusent mais ils en ressortent sonnés, comme s'ils avaient reçu un uppercut, même lorsque celle-ci n'est qu'un simple picotazo (ce qui correspond à la majorité des cas). Seul Aguaclara, premier toro du Juli permet un bon tercio : une chute à la première, puis une bonne pique par le réserve. Il garda ensuite une charge vive qui permit une competencia au quite entre Roca Rey et Juli, puis il ira a menos au cours de la faena.
   Au troisième tiers leur comportement est varié. La noblesse domine. Anodine et réduite par la faiblesse (1, 4, 10), pastueña (2), avec plus de vivacité (5, 7, 8). Toutefois plusieurs ont des charges peu claires, compliquées ou incertaines (3,6,11,12).
   En résumé, sur 12 toros présentés aucun toro complet, une prédominance de la faiblesse et de l'anodin. Et, si, malgré tout, les deux courses ont toujours été intéressantes, c'est dans l'attitude des toreros qu'il faut en trouver la cause.

   Sebastien CASTELLA (silence, silence) : R. A. S., actuation anodine à l'image de ses deux toros.
   José María MANZANARES (une oreille, une oreille) : N'ayant jamais eu l'occasion d'abuser de Manzarinade j'ai trouvé le José María de ce jour bon. Sitio, douceur, empaque. Il cita ses deux toros de loin évitant ainsi d'étouffer leur charge et sut s'adapter à leur comportement (pastueño mais faible l'un, mobile et vif l'autre). Deux bons volapiés pour terminer. Bien sûr, il n'est pas interdit de penser qu'il avait touché un lot de porte du Prince.
   José GARRIDO (salut, silence) : L'Extremeño se montra remarquablement tenace devant un lot âpre qui le mit souvent en difficulté. Cela lui valut la sympathie du public ... et un passage à l'infirmerie après une grosse cogida à la mort de son premier adversaire. A noter un joli quite par chicuelina au 2.
   Morante de la PUEBLA (silence, deux oreilles) : Malgré les fractures du passé, malgré les trois prestations précédentes inabouties, voire médiocres, personne dans mon entourage du tendido 9 n'aurait songé à reprocher quoi que ce soit au torero de La Puebla : c'est que Morante est un artiste et ici on aime ça plus que tout. Même si certaines sont accrochées, ses premières véroniques sont somptueuses et la place rugit de bonheur. Il en sera de même lors du début de la faena. Mais le maestro trouve sans doute le toro un peu vif, il prend ses distances, ne se croise plus. Autour de moi, tout le monde se calme, plus question de soutenir le torero s'il ne torée pas de verdad, on attendra le prochain...
  Dudosito, le dixième Cuvillo est précisément le huitième et dernier adversaire de Morante pour la feria. C'est un toro terciado, parfaitement inodore, incolore et sans saveur, et lorsque le maestro s'avance vers lui, la muleta pliée pour le cartouche de pescado, je n'y crois pas le moins du monde. Et pourtant le miracle va s'accomplir. Sacré Morante! Naturalité, temple, douceur, sincérité absolue. Et lorsque José Antonio se laisse accrocher la muleta, la reprend et donne, en toute spontanéité, une demi-véronique, quasi chicuelina, qui le libère de l'étreinte du toro, c'est une explosion atomique qui secoue la Maestranza. Pas un de mes voisins de tendido qui ne frise à ce moment l'apoplexie. Estocade en se mouillant les doigts et deux oreilles. Je ne peux m'empêcher de penser que le génie de Morante est bien grand pour avoir été capable de tirer tant d'effet de si peu de chose que ce toro.
   EL JULI (salut, salut) : Le Madrilène aussi bénéficie de l'appui des tendidos. Il se montre sincère, paie comptant, au point de se faire renverser par son second adversaire qui le blesse (le maestro se rendra à pied à l'infirmerie après l'avoir tué et avoir salué). Mais il est vraiment en difficulté à l'épée : un très laid julipié lui fait perdre l'oreille de son premier et, sa blessure l'empêchant de sauter, il ne se défait de son second qu'à la troisième tentative perdant une autre possibilité de trophée.
   ROCA REY (une oreille, salut) : Le Péruvien fait preuve de mucho aguante et alterne toreo classique et templé, et virtuosité moderne (dont il a tendance à abuser).

   Ainsi se termine mon passage (heureux) par Séville.

mercredi 20 avril 2016

Séville






















Mercredi  13 avril 2016   Maestranza   Sevilla
beau temps, frais
deux tiers d'arène

6 toros de Victorino Martin, braves (12 piques, ovation au 3, indulto pour le 4, Cobradiezmos) pour Manuel Escribano (silence, deux oreilles symboliques), Morenito de Aranda (silence, silence) et Paco Ureña (deux oreilles, silence)

Cobradiezmos est un typique cárdeno de la casa Victorino. Il prend deux piques en poussant fort, avec fixité. A la muleta, sa charge semble inépuisable : longue, la tête au ras du sol, avec une telle codicia, en particulier lors de ses retours à la fin de chaque passe qu'elle donne en permanence émotion et importance au travail du torero. Lorsque Manuel Escribano après plusieurs séries à droite prend la main gauche, on se dit qu'il n'est pas possible que le toro ait la même charge de ce côté ... et bien si! Même puissance, même codicia, même noblesse. Être capable de garder le sitio, de mandar sans se faire accrocher la muleta, de conserver à tout moment la maîtrise du combat n'est certainement pas à la portée du premier torero venu. On doit rendre grâce au Sévillan d'avoir parfaitement réussi à le faire. Le tout avec bon goût et classicisme. Chaude vuelta en compagnie de Victorino fils après que Cobradiezmos, le héros du jour, eût regagné les corrals.
L'autre évènement de la tarde fut la grande faena de Paco Ureña face au troisième toro. Faena essentiellement droitière (la bonne corne du toro), sincère, profonde, pure, donnée sans un geste superflu, qui provoqua les olés profonds de Séville. Deux oreilles pour le Murciano après une entière desprendida. Le public était prêt à lui ouvrir la porte du Prince mais le dernier toro, deslucido, ne l'a pas permis.
Face à deux adversaires encastés, Morenito de Aranda se trouva en difficulté technique.
On piqua en général bien tout au long de la soirée, ce que le public de la Maestranza apprécia.
La nuit est déjà tombée sur Séville lorsque sortent en triomphe (par la porte des cuadrillas) Manuel Escribano et Paco Ureña mais elle est éclairée par le bonheur des spectateurs. Une tarde pour le souvenir.