lundi 22 mai 2017

Domecqs à gogo

   Durant les quatre journées que j'ai passées à Madrid on a fait lidier quatre fois des toros d'encaste domecq.
   Les toros de MONTALVO, bien présentés, avec trois cinqueños, constituèrent une déception. A leur décharge, la terna de  matadors, dont on attendait beaucoup, ne fut pas des plus inspirée ce jour.
   Les Salvador Domecq de LAGUNAJANDA constituaient un magnifique lot de cinqueños. Hélas tous manquèrent de bravoure et de caste.
   Les FUENTE YMBRO, bastos, firent preuve de mobilité mais manquèrent de bravoure et de fixité. Le quatrième, franc et repetidor, ressortit nettement du lot.
   Les PARLADÉ, malgré deux cinqueños, n'avaient pas le trapío exigible à Madrid. Ils manquèrent en outre de force et de caste. Seuls cinq avaient réussi à passer le reconocimiento et un fut remplacé durant la lidia pour faiblesse de patte.
   Les deux sobreros d'El MONTECILLO étaient deux grands bœufs, l'un paisible, l'autre violent et dangereux.

   J'ai classé les 25 toros sortis des chiqueros en 4 catégories :

Domecqs ordinaires : 11
Ce sont les toros bravitos, nobles mais que le manque de caste ou de force conduit peu à peu à réserver leurs charges.
   2 Montalvo
   3 Lagunajanda
   3 Fuente Ymbro
   3 Parladé

Bœufs : 9
Toros qui sortent au pas, ne se fixent pas sur la cape, se défendent sous la pique, reculent, sortent seuls, puis grattent et chargent tête haute, sans recorrido.
   2 Montalvo
   2 Lagunajanda
   2 Fuente Ymbro
   1 Parladé
   2 El Montecillo

Toros très faibles ou invalides : 3
   1 Montalvo
   1 Lagunajanda
   1 Parladé (changé)

Toros encastés : 2
   1 Montalvo
   1 Fuente Ymbro

On le voit, le constat n'est pas brillant.
La conclusion que j'en tire c'est que la place prépondérante occupée actuellement par l'encaste domecq dans les ferias n'est en rien justifiée par la valeur réelle de ses toros.

dimanche 21 mai 2017

Vu à Las Ventas (suite)

Mercredi 17 mai : El Fandi et les quatre paires de banderilles
   Lorsque El Fandi est au cartel, l'aficionado ne va pas à la plaza pour voir de sa part d'exquises faenas. On le sait, en revanche, banderillero spectaculaire et, à Madrid comme ailleurs, on attend de lui des deuxièmes tiers brillants.
   A son premier Fuente Ymbro, après deux poses réussies, le Granadino manque sa troisième paire. Il demande alors au président l'autorisation d'en planter une quatrième, ce que lui refuse celui-ci. Le maestro réitère sa demande, nouveau refus ostensible de l'autorité. La plaza est en ébullition, partagée entre ceux qui veulent du spectacle et appuient le matador banderillero et ceux qui, par soumission de principe à l'autorité, soutiennent la présidence. El Fandi, non sans avoir eu, m'a-t-il semblé, un moment d'hésitation, finit par se plier à la décision présidentielle.
   Mais l'homme a plus d'un tour dans son sac et il aura sa revanche à son deuxième adversaire. Hortelano est le meilleur toro de la soirée, la première paire est plantée à cornes passées, la deuxième est un sesgo por dentro risqué. El Fandi prend alors deux paires de banderilles à la fois, fait une vague mimique vers la présidence et plante la première paire al violin puis dans la continuité de la charge du toro la seconde al cuarteo. Ovation de Las Ventas, matador radieux et président que l'on imagine marri.
   NB1 : L'actuel règlement précise que l'on placera "pas moins de deux ni plus de trois paires de banderilles". Le président avait donc réglementairement la possibilité de refuser bien que la tradition veuille que les matadors banderilleros puissent exceptionnellement demander de poser une quatrième paire, même si le changement de tiers a eu lieu. Tout dépend également de l'interprétation que l'on fait du terme utilisé dans le règlement espagnol ("colocar") qui semble impliquer que les banderilles restent accrochées au toro, c'est d'ailleurs en ce sens qu'on l'entend lorsque le président exige la continuation du tercio tant que quatre banderilles ne sont pas accrochées (ce qui arrivera le lendemain au cinquième toro).
   NB2 : Je voudrais rassurer les partisans de l'ordre taurin qui me lisent. L'autorité présidentielle aura finalement le dernier mot car, après une faena purement fandilesque (c'est à dire commencée et terminée à genoux et fort peu esthétique mais bien menée) face à un toro qui répète ses charges avec alegria, suivie d' une entière desprendida, le président refusera l'oreille au torero malgré une pétition nourrie qu'il jugea sans doute non majoritaire.

Jeudi 18 mai : Petit toro ou grand bœuf
   Lorsque le préposé à l'affichage s'avança vers le centre du ruedo avec la pancarte annonçant le troisième toro de Parladé, une rafale de vent fit s'envoler les chiffres qui annonçaient son poids. 4, 8, 7 dispersés sur le sable de Las Ventas. Le vent, avant le public, avait rendu son verdict. Même bien fait, le torito n'était pas digne de combattre dans la première arène du monde. On le protesta dans tous les secteurs des étagères mais il resta en piste. J'ai peut-être l'esprit mal placé mais je ne peux m'empêcher de voir dans ce toro une tentative de la nouvelle empresa pour introduire à Madrid le medio-toro cher à son cœur. Il se trouve que Lustroso n'était ni brave ni solide et que sa lidia résulta décevante mais eût-il été un bon toro et son maestro eût-il coupé une oreille, une brèche aurait été ouverte.
   Ce même jour sortit en remplacement d'un Parladé renvoyé pour faiblesse de pattes un grand bœuf violent de l'élevage El Montecillo. Un bœuf dangereux! Dès la première passe de cape il mit Ivan Fandiño en difficulté. Le tercio de pique ne fut que coups de têtes, reculades et sauts pour atteindre le picador. La pose des banderilles, un calvaire pour la cuadrilla. En choisissant d'abdiquer sans chercher à lutter, Ivan Fandiño a sans doute perdu l'occasion de retrouver les faveurs du public madrilène. On ne lui demandait pas une faena moderne, impossible face à une telle alimaña  mais je garde le souvenir de la prestation remarquable de courage et de dominio d'Antonio Barrera à Vic devant un animal du même acabit.
   Entre petits toros anodins et grands bœufs, Madrid, ce jour ressemblait plus à une plaza de talenquère qu'à la plus importante arène de la planète taurine.



photo Antonio Heredia (El Mundo)

samedi 20 mai 2017

Vu à Las ventas

   Une poignée de jours passés à Madrid me donnent l'occasion de souligner quelques moments marquants des quatre corridas auxquelles j'ai assisté.

Lundi 15 mai : Curro Díaz face à Escandaloso
   Escandaloso, le quatrième toro de la mauvaise corrida de Montalvo est d'un type différent. Grand, lourd, le ventre et l'arrière-train blanc jusqu'à la queue. Peut-être une réminiscence de l'ancienne origine Vicente Martinez qui affleure encore de temps en temps dans l'élevage. Il fait une sortie de bœuf paisible, hume le sable venteño, refuse de charger les capes. C'est à la pique que va se révéler son vieux fond de bravoure. Il s'arc-boute et pousse avec les reins avec une puissance parfaitement contenue par Curro Sánchez. Il ne s'emploiera pas autant à la seconde rencontre.
   Au troisième tiers Curro Díaz l'entreprend parfaitement par naturelles laissant de l'espace au toro, il réussit même à toréer con desmayo déclenchant les olés madrilènes. Mais le toro va a mas et Curro qui, par sa lidia intelligente, a contribué à cette évolution positive, ne suit pas. Il reste trop souvent marginal et superficiel, ne parvient pas à réellement dominer le toro, donnant la sensation de passer à côté d'un triomphe possible. Et, phénomène classique à Las Ventas, le public finit par prendre le parti du toro. Tout s'achève, après un bajonazo et une longue résistance d'Escandaloso, par une forte division d'opinion pour le torero et une grande ovation pour le toro.

Mardi 16 mai : Fortes, torero
   Lorsqu'on a été témoin de la terrible cornada au cou reçue ici même par le Malagueño (sans compter d'autres tout aussi graves reçues en d'autres lieux), ce n'est pas sans une certaine appréhension que l'on voit Jimenez Fortes affronter un toro. Et l'on en est que plus admiratif pour le courage froid, la sincérité et le dominio dont il fit preuve face au très sérieux Luchador, cinqueño de Lagunajanda au comportement réfléchi.
   Le torero alterne toreo classique sur les deux mains, finit par des bernardinas d'épouvante et tue en s'engageant. Vuelta après pétition d'oreille.
   Fortes, un torero qui mérite que la chance, enfin, lui sourie.




mardi 2 mai 2017

Aire sur Adour : intéressante novillada de María Cascón

   La famille Fraile est aujourd'hui une des dernières à faire vivre le sang Atanasio Fernández - Lisardo Sánchez. On connait les Puerto de San Lorenzo, les Valdefresno, qui montrent encore un peu le bout de leurs cornes dans les ferias. On connait moins le fer de María CASCON, épouse de Juan Luis. Il y a quelques années un toro de cet élevage a pourtant reçu les honneurs d'un tour de piste en plaza de Madrid.
   Bien présentés, quoiqu' inégaux d'armure, tous noirs, les novillos d'Aire sur Adour n'ont pas manqué d'intérêt. Ils firent preuve de bravoure face au cheval en 13 piques et une chute. A l'exception du cinquième, ils offraient tous de réelles possibilités. Leur défaut : de la faiblesse pour les deux premiers, une tendance à se montrer tardos au dernier tiers compensée par une charge piquante lorsqu'ils se lancent à l'assaut de la muleta. Très bon le troisième qui, après trois piques bien prises, maintint une charge puissante et encastée tout au long du troisième tiers. Bon également le dernier à la charge soutenue.
   Mario PALACIOS a été propre, ce qui pour un novillero n'est pas forcément un compliment. Autrement dit, il ne montra pas l'envie que devrait montrer un aspirant et ne foula pas les terrains qui permettent le succès.A sa décharge il relevait d'une blessure subie récemment dans la capitale.
   Le Mexicain Leo VALADEZ, le plus mal servi, montra qu'il savait s'adapter au comportement de ses novillos. Il toréa avec beaucoup de temple, sans l'obliger, le faible second. Face au cinquième, un novillo receloso et brusque, il essaya de livrer bataille sans, toutefois, parvenir à réduire son adversaire.
   Adrien SALENC actua en véritable novillero. Face à un lot exigeant (les deux meilleurs novillos de l'après-midi) il eut parfois du mal à dominer, ses estocades résultèrent tombées, mais il eut toujours une attitude positive, une sincérité et une variété dans le jeu qui lui permirent de connecter avec le public et de rencontrer le succès (vuelta, oreille).


   

dimanche 30 avril 2017

Un grand moment de tauromachie

   Tout a commencé par un des plus énormes batacazos qui se puisse voir. Platino, 570 kilos de colère noire, portant le fer d'Albaserrada, venait d'entrer en action. Aux banderilles, il accrocha Montoliu fils qui rendait hommage à son père, décédé ici même il y a 25 ans. A la muleta, un démon : puissant, encasté, sauvage, d'une charge toujours magnifiquement enragée.
   Mais face à lui un torero, un grand torero : Antonio Ferrera, avec son savoir accumulé, sa soif de vaincre, son désir de montrer ses capacités de lidiador. Et Antonio Ferrera a gagné la partie, a dominé la fiera, a fait se lever d'admiration le public de Séville. Un grand moment de tauromachie.
   Merci  Platino, élevé sur les terres de Victorino Martin, merci Antonio Ferrera, maestro aguerri en mille batailles, d'avoir, en ce samedi 29 avril 2017, sur le sable de la Maestranza, montré à tous ce que pouvait être la grandeur de l'art taurin.

NB : Modestement vu sur le petit écran

jeudi 27 avril 2017

Palomo Linares

   En 1972, à Madrid comme partout en Espagne, l'aficion est déclinante, usée par plus de trente ans de franquisme durant lesquels le peuple aficionado est mis, lui aussi, sous l'éteignoir de la dictature. Les puissants en profitent : les toros ne sont la plupart du temps que des novillos afeités; partout les figures coupent, à bon compte, des montons d'oreilles. Mais lorsque le 22 mai, en pleine San Isidro, le président Pangua octroie une queue à Palomo Linares dans une corrida où il ne se coupa pas moins de neuf oreilles et une queue, face aux gentils et très peu armés toros d'Atanasio Fernandez (les domecqs de l'époque), au delà de l'euphorie de l'instant, le scandale est d'importance. La polémique enfle et dans les jours qui suivent le président doit démissionner.
   Auparavant, Palomo Linares avait été un novillero puntero, épigone du Cordobés dont il avait l'allure de chulo ainsi que l'origine sociale modeste (fils de mineur de Linares et lui-même apprenti cordonnier). Pris en charge durant toute sa carrière par les Lozano, son parcours de torero sera toujours relativement protégé. A ce titre, la temporada 1969 est restée dans les annales. En compagnie d'El Cordobés il écuma plazas de troisième catégorie et portatives devant un bétail indécent.
   Tout ceci n'empêche pas qu'il fut un bon torero et un homme à la personnalité accusée. Il était un matador populaire bien que le public lui fît parfois cher payer ses facilités et ses protections.
   Lorsque, à la fin des années soixante-dix, j'eus l'occasion de le voir, à Pamplona (devant des Pablo Romero), à Séville (en compagnie relevée : Curro et le Viti), son toreo, déjà assagi, ne m'a pas laissé de souvenir marquant, si ce n'est celui de sa silhouette fluette dans ses costumes blancs.
   Qu'il repose en paix.


















   NB :  Palomo Linares fut longtemps propriétaire, avec les Lozano, du prestigieux et ancien fer de Graciliano Pérez-Tabernero. Le fer appartiendrait aujourd'hui à ses fils mais j'ignore totalement s'il reste encore à la finca El Palomar de Seseña des descendants des fameux santacolomas de Graciliano.





















La personnalité complexe de Sebastian Palomo l'a poussé à s'exprimer également à travers la peinture. Après avoir parcouru la toile en quête de son œuvre j'ai été très agréablement surpris par le niveau de ses créations. Le hasard fait qu'a lieu actuellement au palais de l'infante Luis à Boadilla del Monte (Madrid) une rétrospective de son œuvre. Palomo Linares torero et artiste peintre!

mardi 11 avril 2017

Mont de Marsan 2017, les cartels de la Madeleine

mardi 18 juillet
concours landais

mercredi 19 juillet
Juan Pedro Domecq
Curro Díaz - José María Manzanares - Thomas Dufau

jeudi 20 juillet
matin : novillada sans picadors

Nuñez del Cuvillo
Enrique Ponce - Alejandro Talavante - Ginés Marín

vendredi 21 juillet
La Quinta
Juan Bautista - Ivan Fandiño - David Mora

soir : corrida portugaise

samedi 22 juillet
Torrealta
Sébastien Castella - José Garrido - Roca Rey

soir : novillada piquée

dimanche 23 juillet
Adolfo Martin
Alberto Aguilar - Emilio de Justo - Alberto Lamelas

   Ce qui domine à la lecture de ces cartels c'est une impression de conformisme. De fait, à Mont de Marsan comme ailleurs, il ne fallait pas attendre beaucoup de fantaisie de la part de la plus importante empresa actuelle (ici le duo Simon Casas - Marie Sara). Toutefois parmi les points positifs on notera l'absence du Juli et de Morante  qui devrait avoir pour conséquence une meilleure présentation du bétail et un budget plus facile à équilibrer. Tout le monde y trouve son compte, l'aficionado comme le trésorier.
    En ce qui concerne les ganaderias, on aura droit à trois fois du domecq. Je fais partie de ceux qui pensent que deux fois aurait été largement suffisant laissant ainsi une ouverture à une plus grande variété d'encastes. Du côté des hommes je me réjouis de la présence de José Garrido et de Ginés Marín. D'autres jeunes comme Roman, Javier Jimenez ou l'Arlésien Thomas Joubert auraient également pu trouver leur place dans certains cartels. Je pense en particulier à celui de la corrida de La Quinta; la terna annoncée eut été parfaite il y a quelques années mais aujourd'hui, il faut bien le dire, elle sent le réchauffé.

  PS : J'ai, pour mon malheur, visionné la vidéo de présentation des toros. On n'y voit que bichos aux cornes emprisonnées et ganaderos démagogues et autosatisfaits. On jugera sur place en juillet.


  


lundi 3 avril 2017

Gamarde




Dimanche 2 avril       Arènes couvertes       Gamarde
pluie (à l'extérieur)
lleno

6 toros de José Cruz (inégaux, 8 piques, ovation pour le 4 et le 6) pour Curro Díaz (salut, deux oreilles), Thomas Dufau (une oreille, une oreille) et Joaquin Galdos (silence, une oreille).

 Les printemps sont pluvieux en Aquitaine et lorsque, comme aujourd'hui, les averses succèdent aux averses, on se dit que Gamarde, avec ses arènes couvertes et fermées, est le lieu idéal pour accueillir la première corrida de la saison.
Les toros de José Cruz (origine domecq), inégaux de volume et d'armures, ont trop souvent péché par excès de faiblesse bien que tous aient fait preuve de mobilité et de noblesse. Le dernier, brave et puissant, fut le meilleur de l'après-midi. A noter que quasiment tous rematèrent violemment aux burladeros, le magnifique second s'y brisa une corne alors qu'on s'employait à le placer pour une intervention du sauteur landais Fabien Napias. Il fut remplacé par un toro du même fer.
Déjà à son avantage face à son premier adversaire, fade, dans une faena toute entière donnée de la main gauche, Curro Díaz fut magistral à son second. Tout ce qu'il faisait était juste, adapté, dominateur. Parar, templar, mandar, conjugués à tous les temps et à tous les modes face à un toro, médiocre au départ, qui se livre de plus en plus et finit par paraitre meilleur qu'il n'était. Deux oreilles après un mete y saca et une estocade desprendida.
Deux entières portées avec foi (témoignage de ses progrès dans cet exercice) et d'effet rapide permirent à Thomas Dufau de couper chaque fois une oreille. Il commence bien sa faena au 2bis par des droitières liées mais le toro, distrait, lui échappe en fin de faena. Même scénario avec le 5 qui, après un début par cambiadas au centre, prend bien vite la poudre d'escampette pour se réfugier aux tablas.
Joaquin Galdos, après une faena templée mais forcément sans écho au faible troisième, eut du mal à s'accorder à la charge puissante du 6.


lundi 20 mars 2017

Vic Fezensac : les cartels 2017

Samedi 3 juin
11h   novillada
Raso de Portillo
Mario Palacios - Miguel Angel Pacheco

18h    corrida
Dolores Aguirre
Paulita - Octavio Chacon - Alberto Lamelas


Dimanche 4 juin
11h  corrida-concours
Miura - Valverde - Cuadri - Oliveira Irmaos - Valdellan - Los Maños
López Chaves - Morenito de Aranda - Michelito

18h  corrida
Palha
Alberto Aguilar - Emilio de Justo - Rubén Pinar


Lundi 5 juin
17h   corrida
Alcurrucén
Curro Díaz - Juan Bautista - Manolo Vanegas (alternative)


   Quand on compare les cartels de Vic à ceux de la plupart des plazas espagnoles on a l'impression d'être ici dans une oasis pleine de fraîcheur, bien loin du conformisme qui sévit outre-Pyrénées. On se dit que chaque jour il peut se passer quelque chose d'important; c'est le propre des cartels réussis. Côté toro, l'attente sera forte pour les quatre premières courses avec la présentation des Raso de Portillo, la présence indiscutable des Dolores Aguirre (un des élevages les plus passionnants de ces dernières temporadas), la variété d'encaste et le sérieux de la corrida-concours et, enfin, le retour des Palha en terre d'Armagnac. Côté homme, les combinaisons me paraissent équilibrées, mélange de lidiadors expérimentés, de toreros d'un corte plus artistique ( indispensable, selon moi, dans une feria toriste) et de nouveaux venus  que l'on imagine désireux de se montrer sous leur meilleur jour dans le besoin qu'ils ont de s'assurer des jours meilleurs. En tout cas, aucun torero ne me manquera, même si je regrette l'absence de Javier Cortes que l'on avait vu à son avantage l'an passé. Certes je suis un peu circonspect à propos de la présence de Michelito à la corrida-concours, sa carte de visite me parait en effet un peu mince, mais on peut penser que son Vicois de père l'a jugé capable de surmonter l'épreuve. Quant à Manolo Vanegas, la solidité dont il a fait preuve en tant que novillero la temporada dernière en faisait le candidat idéal pour recevoir la première alternative octroyée dans la plaza vicoise.




mercredi 15 mars 2017

Un poème de Guy Goffette

                  

                ARTAUD (RÉRO)

                                                               à Jacques Réda

Si ce n'est pas lui, c'est son frère ou son sosie.
Lui-même s'interroge s'il rêve encore ou
s'il a touché le fond de cette comédie
que fut son long exil dans l'arène des fous.

On dirait que la foule alentour crie au faux,
qu'il pose pour la gloire et pour l'éternité,
alors qu'il est vraiment seul avec le taureau
et plus nu que son ombre au milieu de l'été

et ce que voient ses yeux au-delà du décor,
ce n'est peut-être rien que l'idée saugrenue
qui fige le présent et qui trompe la mort :
que le sang soit du vin, le sable une peau nue.

                  Guy GOFFETTE
(Sur une carte postale envoyée de Nerja, le 9 août 2014)
        

Extrait de Guy Goffette, Petits riens pour jours absolus, Gallimard, 2016

vendredi 3 mars 2017

Ecologie et corrida : la vie réelle du toro de combat

 
 L'hostilité envers la corrida fait trop souvent partie des lieux communs véhiculés par le discours des mouvements écologistes politiques d'aujourd'hui. A fort mauvais escient.
   A l'heure où l'on se préoccupe - à juste titre - du sort des animaux élevés et tués industriellement, à l'heure où les documentaires télévisés ou cinématographiques montrant les beautés (et les cruautés) de la vie des bêtes au grand air en arrivent à reprocher à l'homme d'exister, les aficionados ont tout intérêt à témoigner de la réalité de la vie du toro brave au campo.
   On sait que, dans les pays de tradition taurine, des centaines de milliers d'hectares sont préservés et entretenus naturellement grâce à la présence des toros de corrida et que, au sein de ces espaces d'une richesse extraordinaire (biodiversité et tout le tralala), vaches et toros de combat vivent dans des conditions quasi édéniques.
   Le reportage (lien ci-dessous) que j'ai trouvé sur le blog La luz del monte me parait un parfait exemple de ce qu'il faut faire connaitre au public pour l'éclairer sur "les dessous de la corrida".

   Las dehesas del toro bravo, publié le 30 juin 2016 sur le blog La luz del monte.

photos : La luz del monte

dimanche 19 février 2017

Pourquoi ils vont voir des corridas

   J'avais un chèque-cadeau à la FNAC. Je vais au rayon tauromachie. Là, pas grand chose à se mettre sous la dent. A Bordeaux pour les toros il vaut mieux aller chez Mollat. Mais je finis par trouver, perdu entre les chevaux et les sports divers et variés, ce petit livre publié chez Atlantica : Pourquoi ils vont voir des corridas, textes réunis par Marc Delon.
   Une perle! Tout m'a plu : les textes, les photos, tout.
   Il y a quelques années déjà, qui voulait pouvait envoyer, via internet, un texte pour répondre à cette question : "Pour quelle(s) raison(s) allez-vous voir des corridas ?" Au final, une sélection d'une quarantaine de réponses. Des courtes, des très élaborées. Des textes d'aficionados inconnus y côtoient ceux de pointures de la critique taurine, jusqu'à celui d'une académicienne! Bien sûr on a sorti pour l'occasion sa plus belle plume et l'écriture est parfois un peu endimanchée, mais jamais au détriment de la sincérité. Et ça fonctionne, c'est toujours intéressant, parfois beau et émouvant. Je l'ai lu avec le plaisir de me sentir membre de cette grande et belle famille de l'aficion. Mais on peut aussi l'offrir, comme le recommande Marc Delon, à son anti préféré, ou bien à sa belle mère qui ne comprend pas toujours pourquoi on file si souvent, par monts et par veaux, à la recherche du mystère des toros braves et de leur combat.

Pourquoi ils vont voir des corridas, textes réunis par Marc Delon, Atlantica, 2013

jeudi 9 février 2017

Quelques citations sur l'art de toréer

   A L'œil contraire on aime bien les citations. On les considère comme des formes poétiques brèves qui nous séduisent, parfois, par leur beauté formelle, mais aussi, bien sûr, comme des éléments de réflexion qui nous aident à mieux appréhender notre passion.
   En voici quelques unes sur l'art de toréer :

   "Le torero qui effraie le public dans l'arène par sa témérité ne torée pas, il est au contraire sur ce plan ridicule, à la portée de tout homme de jouer sa vie; alors que le torero mordu par le duende donne une leçon de musique pythagoricienne, et fait oublier qu'il lance constamment son cœur sur les cornes."
( Federico Garcia Lorca, Jeu et théorie du duende, 1933)

   "Torero es quien permanece dentro de la suerte, dilatando el tiempo en que sucede y, con su ligazón, haciendo posible que el toreo se articule, se convierte en lenguaje, y, por tanto, haga de un juego un arte con capacidad de discurso, el nacimiento del interprete, la posibilidad de un marco de expresión personal."
   "Torero est celui qui reste au centre de la suerte, dilatant le temps au cours de son accomplissement et, par la liaison entre les passes, rendant possible que le toreo s'articule, se transforme en langage, et, ainsi, fait d'un jeu un art avec une capacité de discours, la naissance de l'interprète, la possibilité d'un contexte d' expression personnelle."
(José Carlos Arevalo)

   "Toréer c'est détourner de soi, enrouler autour de soi ce qui devrait venir droit sur soi, droit en soi ... C'est conduire la charge naturelle et instinctive de ce désir de pierre, sur une trajectoire autre et, en un sens, anormale : courbe! Or "conduire ailleurs", "détourner", en latin se disent "seducere". Et se traduisent d'un mot : séduire. Toréer c'est séduire.
(Jean - Le Carpentier, Ecrire la corrida, préface, 1987)

   "No existe en el mundo occidental ninguna ceremonia capaz de conmover y elevar con semejante fuerza al ser humano. [...] A lo largo de mi vida he gozado de las mejores expresiones del arte, en música, danza, ópera y teatro, pero nada es comparable al ritual taurino.
   "Dans le monde occidental il n'existe aucune cérémonie capable d'émouvoir et d'élever l'être humain avec une telle force. [...] Tout au long de ma vie j'ai pu bénéficier des meilleures expressions de l'art, à travers la musique, la danse, l'opéra et le théâtre, mais rien n'est comparable au rituel taurin."
(Albert Boadella, Adios Cataluña, 2007)

   "Le propre de l'émotion taurine c'est qu'elle allie le désintéressement du beau à l'intérêt suprême, la vie; c'est qu'elle produit de la beauté sur fond de risque de mort... C'est pourquoi la beauté taurine est si forte, si violente, si déchirante."
(Francis Wolff, Philosophie de la corrida, 2007)


Beaucoup d'autres citations sur L'œil contraire, parmi lesquelles :
                    21 janvier 2007 (Défendre la corrida)
                    19 juillet 2008   (Alvaro Domecq)
                    28 janvier 2016 (Diego Bardon)

mercredi 25 janvier 2017

L' Arte de Manolete

   Avec son corps décharné, son visage sec et triste, son toreo ascétique, Manolete a toujours été pour les aficionados français l'incarnation de l'Espagne franquiste de l'après-guerre civile. Le documentaire diffusé sur la chaine de télévision Arte a le mérite de remettre en cause cette vision un peu trop réductrice.
   Au Mexique, le torero est accueilli avec ferveur par les milliers de réfugiés politiques républicains. Il va même jusqu'à nouer des relations avec Indalecio Prieto, ancien ministre d'importance du gouvernement républicain et chef en exil du PSOE. Quand on sait avec quel acharnement féroce les franquistes ont, longtemps après leur victoire, poursuivi leurs adversaires, on mesure à quel point le courage du matador ne s'exprimait pas seulement devant les toros.
   Plus tard, pour se soustraire aux pesanteurs de la bigoterie espagnole choquée par son idylle avec l'actrice Lupe Sino, c'est encore au Mexique qu'il trouvera un havre de paix. Le 28 août 1947, à Linares, Islero de Miura mettra fin à la vie de celui dont la sérénité stoïque relevait sans doute bien plus de la mystique espagnole (et cordouane) que de la raideur franquiste.

Manolete, un torero en guerre
Les oubliés de l'histoire, série documentaire de Jacques Malaterre, 2016
à voir sur Arte

Manolete sur L'œil contraire : Brindis à Manolete (6 mai 2008)
                                             A propos de Manolete (20 avril 2010)






















Barcelone 1944 Manolete toréant un toro de Miura
Face à la photo de cette extraordinaire naturelle je me demande s'il ne faudrait pas aussi réévaluer le toreo du Cordouan, trop souvent vilipendé par les critiques taurins français, en particulier Tio Pepe (qui ne l'avait pourtant jamais vu toréer).

lundi 16 janvier 2017

Anniversaire

   Déjà dix ans d' Œil contraire. Pour un blog l'âge de la sénilité. D'autant que sont apparus ces dernières années des modes de communications encore plus rapides, encore plus superficiels, encore plus narcissiques. Mais bon, cahin-caha, je continue ...   pour une raison très simple et très suffisante c'est que je prends du plaisir à le faire. Bien sûr l'exercice a ses pesanteurs et ses difficultés. L'angoisse de la page blanche frappe aussi le modeste blogueur et les atermoiements pour pondre vingt misérables lignes ont leur côté grotesque. Mais cela est indéniablement constitutif du charme de l'écriture. Au passage je note que L'œil contraire rentre dans la catégorie des blogs purement tartempionesques. Je m'explique. Il y a les blogs qui sont le prolongement de l'activité professionnelle de leur auteur qu'il soit journaliste, écrivain ou encore marchand. Et il y a les blogs qui offrent à chacun une possibilité, autrefois impensable, de prendre la parole sans être obligé de montrer ses papiers ou de faire partie d'un quelconque sérail. Chacun c'est monsieur Tout-le-Monde, c'est Tartempion, c'est moi, c'est vous ... Ce fut, il y a plus de dix ans maintenant, une petite révolution.
   Aujourd'hui, le paysage de la blogosphère taurine française est aussi morne qu'une plaine dans la grisaille de l'hiver. Quelques grands anciens (bon pied, bon œil) subsistent, mais beaucoup ont arrêté (provisoirement ?) et aucune nouvelle voix ne se profile à l'horizon.
   Raison de plus pour continuer.


Les deux premiers posts de L'œil contraire :  jeudi 4 janvier 2007
                                                                    vendredi 5 janvier 2007

Mais un regard (déterminé et confiant) vers l'avenir s'impose :






















photo tirée du site de l'UCTL

dimanche 1 janvier 2017

Bonne Année 2017 Feliz Año Nuevo
















Pour que sortent en 2017 beaucoup de toros con casta ...

Ici un novillo de Saltillo, le 15 août dernier à Roquefort.
photo Laurent Bernède

jeudi 29 décembre 2016

Les mots de Luis Miguel Dominguin

Femme
"Pourquoi descendons-nous dans l'arène? Pourquoi revêtons-nous l'habit de lumière et chaussons-nous ces bas roses en plein âge atomique? Plus d'une fois j'en ai cherché la raison et, à mon avis, elle réside dans la présence de la femme sur les gradins. Si la femme n'assistait pas à la fête, les toreros n'existeraient pas. Moi du moins."  (Pour Pablo, p.28)

Grand torero
"Le grand torero se manifeste par sa façon de dominer le taureau, dont il révèle aux spectateurs les qualités."  (Pour Pablo, p.44)

Les toreros artistes
"Il m'est arrivé d'être bien pour le public, sans être inspiré, parce que je cachais cela par mon professionnalisme. Les gens donnent à certains toreros, qui se distinguent par leur irrégularité, le qualificatif d'artistes. Non, ces toreros sont souvent des sans honte. Le jour où ils n'ont pas envie, ils se débarrassent du taureau, un point c'est tout. Moi, le jour où je n'ai pas envie, je m'efforce de faire quelque chose. On m'a donné la réputation d'être capable de toréer quatre-vingt-dix pour cent des taureaux. Le résultat est que l'après-midi où je toréais avec un réel plaisir, je faisais vibrer davantage le public, c'est évident, mais cela ne le marquait pas tellement, puisque j'étais bon assez souvent. En revanche, ce torero qu'on appelle artiste, quand par extraordinaire il est dans un bon jour, les gens se prennent la tête à deux mains, font des envolées lyriques sur l'inspiration et l'art. Ce sont des histoires d'abracadabra !"  (Des taureaux dans la tête, p.51)

Les tremendistes
"Ce qui est difficile à mon sens est de rendre facile la difficulté. Les toreros qui jouent sur le frisson ne font que l'étalage de leur ignorance. C'est l'histoire du funambule : il marche avec assurance sur le fil, et les gens trouvent ça tout naturel; il commence à tituber, et la foule s'enthousiasme : "Attention ! Il va tomber !""  (Des taureaux dans la tête, p.53)

Madrid
"Madrid est un arène complaisante pour les mauvais toreros, et très difficile pour les bons. Elle couve toujours les toreros qui n'ont pas réussi. Les critiques qui veulent passer pour des vedettes font la même chose : ils prennent toujours le parti du faible, en disant qu'il torée les taureaux difficiles, alors que le fort n'affronte que les taureaux faciles. En réalité l'homme qui est à présent en position de force s'est trouvé auparavant en position de faiblesse. Il est parvenu où il est après avoir toréé avec succès Dieu sait combien de bêtes retorses. Le faible, qui le reste, ne doit s'en prendre qu'à lui même. Pour avoir le choix des taureaux, il lui suffisait de surmonter les premières difficultés."  (Des taureaux dans la tête, p.62)






















Antonio Ordoñez, Luis Miguel Dominguin, beau-frères et grands toreros

mardi 27 décembre 2016

Luis Miguel Dominguin


 "Dans les années cinquante, soixante et au-delà, la rumeur du grand monde relayée par quelques magazines de haut tirage donnait régulièrement des nouvelles d'une sorte de héron dédaigneux couvert de femmes et de toros morts : Luis Miguel Dominguin cadastrait le clos de la renommée avec ses jambes de compas.On le voyait à l'entrée de l'hôtel Claridge à Londres avec Ava Gardner, il se fâchait avec Hemingway au bord d'une piscine à La Havane, paradait à Hollywood avec Rita Hayworth, fêtait à Vallauris avec un Picasso en short les quatre-vingts ans du peintre également parrain de sa fille Paola, jouait à faire du cinéma avec Jean Cocteau dans Le Testament d'Orphée et les grottes des Baux. Rafael Alberti lui écrivait des poèmes. Luis Buñuel tentait de le convaincre de la mystique érotique de la corrida. Il chassait avec Franco qui lui demandait des nouvelles de Domingo son frère communiste, faisait de Luchino Visconti le parrain de son fils le chanteur Miguel Bosé. Rien à redire." (Jacques Durand, préface à Pour Pablo de Luis Miguel Dominguin)
   Deux biographies parues en moins de dix ans en Espagne montrent l'intérêt que suscite encore la vie de l'ex numéro un. Sans doute regrette-t-on aujourd'hui cette époque des années cinquante et soixante où un toreo pouvait faire la une de "Paris-Match" et séduire les stars du cinéma mondial. A vrai dire, dans l'histoire de la tauromachie, Luis Miguel fut le seul, avec, dans une moindre mesure, El Cordobés, à avoir une aura qui déborde aussi largement du monde taurin.
   Si l'on se borne à l'aspect tauromachique, Luis Miguel fut un grand torero. En le voyant toréer sur le petit écran (Toreros para la historia XI de F. Achucarro), j'ai été frappé par la force de son toreo. Grâce à son sitio exact, par les vertus de son aguante et de son temple il allonge la charge de ses toros et semble leur donner une envie toujours plus grande de se livrer. Cette capacité à dominer ses adversaires, agrémentée d'une élégance princière, fit de lui une des principales figures de la tauromachie de la fin des années 40 (c'est en 1949, à Las Ventas,  qu'il eut ce geste resté fameux de lever l'index pour signifier qu'il était le numero un) jusqu'au début des années 70 lorsqu'il fit sa réapparition vêtu de costumes dessinés par son ami Picasso. Son air de supériorité teinté d'une touche de mépris pour le reste du monde lui a valu des admirations froides et des haines féroces. Il a toujours prétendu que la controverse qu'il alimentait par son comportement l'aidait à trouver en lui-même l'énergie suffisante pour se dépasser et triompher.
   Son statut de torero numero uno, son élégance raffinée mais aussi son intelligence, sa culture et son ironie mordante vont permettre à Luis Miguel d'être reçu dans tous les milieux. Partout sa séduction opère. On ne reviendra pas ici sur l'usage intensif qu'il en fit auprès du deuxième sexe, avec une prédilection marquée pour les actrices célèbres. On regrettera seulement que son machisme ait réduit, durant leur mariage, l'actrice  Lucia Bosé à un unique rôle de mère de famille.
   On sait aussi qu'il fréquentait les chasses de Franco en même temps qu'il aidait les amis communistes de son frère Domingo. Belle duplicité, choquante pour le commun des mortels, d'une logique sans faille pour un homme qui a choisi le camp des vainqueurs et des puissants mais qui ne veut rompre la solidarité fraternelle. L'argent que gagna Domingo en gérant la carrière de son cadet servit largement à financer le Parti Communiste Espagnol clandestin.
   Le film d'Achucarro montre de larges extraits de l'équipée en Yougoslavie où deux corridas sont organisées début octobre 1971 à Belgrade. Luis Miguel Dominguin y torée en compagnie de Roberto Piles. Les toros y étaient de présentation normale pour les lieux, déclara celui-ci à propos des deux corridas de Salvador Guardiola et Carlos Nuñez. N'empêche, on y voit un novillo de Guardiola plein de caste. Luis Miguel séduira bien sûr le public yougoslave, au prix d'un accrochage et d'une douloureuse blessure à la main.
   Du 1er décembre 1973 à Quito (sa dernière corrida) jusqu'à son décès le 8 mai 1996 à l'âge de 70 ans, Luis Miguel vivra dans une retraite discrète, à mille lieues de la vie trépidante et mondaine d'antan. Il semble que la misanthropie de l'homme ait alors définitivement pris le dessus sur son besoin de reconnaissance.

A lire :
   Jacques Francès "Santiaguito", Luis Miguel Dominguin, UBTF, 2000
Une biographie claire et concise qui privilégie l'aspect taurin sans éluder le mondain.

   François Zumbiehl, Des taureaux dans la tête, Autrement,1987
p.45 à 69, Luis Miguel se livre en profondeur

   Luis Miguel Dominguin, Pour Pablo, Verdier, 1994
Un texte écrit par le torero en 1960 à la demande de Picasso à l'occasion de la publication du livre d'art Toros y Toreros

   Andres Amoros, Luis Miguel Dominguin : el numero uno, La esfera de los libros, 2008
biographie en espagnol

   Carlos Abella, Luis Miguel Dominguin : a corazon abierto, Bellatera, 2016
en espagnol, réédition toute récente d'un livre paru pour la première fois en 1995

A voir :
   Fernando Achucarro, Toreros para la historia XI

   Marianne Lamour, Jacques Durand, Luis Miguel Dominguin 














Gitanillo de Triana, Antonio Bienvenida, Manolete, Luis Miguel Dominguin, Madrid, 19 septembre 1946, corrida de bienfaisance; encore peu connu, Luis Miguel a dû faire un don pour être rajouté au cartel, il sortira pour "triompher ou mourir" et coupera trois oreilles.
  

jeudi 15 décembre 2016

Quelques photos de la temporada 2016

Deux corridas  de Victorino Martin, celle de Séville qui est rentrée dans l'histoire et celle de Bilbao, discrète.

Séville, mercredi 13 avril














Galapagueño, bon victorino auquel Paco Ureña coupera deux oreilles après une excellente faena.


 Manuel Escribano face à Baratero


















Un certain Cobradiezmos sur le chemin du paradis



















¡Triunfo!


Bilbao, jeudi 25 août















 Mucama (un peu riquiqui pour Bilbao, non?) face à la cavalerie


jeudi 17 novembre 2016

Los golfos de Carlos Saura

   Los golfos (Les voyous en français) est le premier long métrage de Carlos Saura. C'est un film passionnant à plus d'un titre. Tout d'abord pour ses pures qualités cinématographiques. Le film a été tourné entièrement en décor naturel, avec des acteurs non-professionnels, à la manière des films néo-réalistes italiens et le résultat est à la hauteur des prestigieux maitres d'outre-méditerranée. Ensuite pour le précieux témoignage qu'il nous donne du Madrid de la fin des années cinquante (il a été tourné en 1959). Bien loin de l'Espagne de pandereta qu'à la même époque promeut dans le monde entier la série des Joselito, Carlos Saura nous montre, sin trampa ni carton, la vie d'un groupe de jeunes qui habitent dans cette zone de la banlieue qui hésite entre urbanisation et campagne et où vivent pauvres et déracinés. On y voit aussi l'impressionnante fourmilière humaine du marché de gros de Legazpi, la salle de bal du cinéma Salamanca (aujourd'hui transformée en centre commercial), un club de jazz très "parisien" et, pour la séquence finale, les anciennes arènes de Vista Alegre. En effet, Juan, l'un des jeunes protagonistes du film, veut devenir matador et c'est pour l'aficionado une source d'intérêt supplémentaire. Il y a, en particulier, une très belle scène d'entrainement tournée à la Casa de Campo. Tout le film se construit autour de ce projet qui va fédérer le groupe et alimenter les rêves de richesse de chacun. Il s'agit de trouver le financement qui va permettre à Juan de débuter en novillada. Tous les moyens - surtout les pires- seront bons. On voit à quel point les apprentis toreros de cette époque sont seuls, à la merci d'organisateurs sans scrupules et l'on prend conscience, a posteriori, du progrès qu'a constitué, bien des années plus tard, la création des écoles taurines. La novillada finale et la mort du novillo, filmées sans complaisance, peuvent être vues comme la métaphore de la difficulté pour les artistes de parvenir à leurs fins. Carlos Saura en sait quelque chose qui tourna avec peu de moyens et dut se débattre, avant et après le film, avec la censure franquiste. Finalement le film sera montré au festival de Cannes où il fut apprécié mais sa sortie sur les écrans espagnols n'eut lieu qu'en 1962, de manière très confidentielle et amputé de dix minutes (les mécanismes de censure sont très bien mis en lumière dans les bonus du dvd édité par Blaq out).

jeudi 10 novembre 2016

Bilan 2016

Ma corrida rêvée

        6 toros de Victorino Martin 6
Enrique Ponce - Curro Díaz - José Garrido

   Il est un peu énervant, Enrique Ponce, a être toujours au premier plan après plus de vingt-cinq ans de triomphes sur tous les points de la planète taurine. On connait ses défauts, les facilités qu'il se donne dans son toreo, mais, face à un toro récalcitrant, il n'y en a pas un, dans l'escalafon, qui lui arrive à la cheville.
   Curro Díaz a sans doute connu sa temporada la plus complète depuis son alternative en 1997. Il a affronté avec succès les devises les plus redoutées et a triomphé à Madrid. Lui aussi a ses défauts -une réticence à se croiser - mais quel art et quel pundonor durant toute cette saison! On rêve de le voir à ce niveau pendant dix ans encore...
   De tous les jeunes toreros qui ont enfin pu, cette année, s'immiscer dans les cartels dont les figures avaient jusqu'à présent réussi à les écarter, José Garrido m'est apparu comme le plus consistant. Sur le sable de Bilbao, son combat face à l'impressionnant Barbadura de Torrestrella (le meilleur toro de ma temporada) en témoigne. Ce jour-là, en revanche, Lopez Simon, bien aidé par les manigances de son apoderado, s'est effondré et Roca Rey, la révélation du début de temporada, avait été contraint de jeter l'éponge après deux KO successifs les jours précédents.
   Malgré leur fausse note de Bilbao, les Victorino Martin ont connu une excellente temporada. Une excellente saison, oui vraiment, mais je remarque qu'il y a eu trois toros indultés (Séville, Calasparra, Illescas). Trois toros indultés, c'est plus que chez Nuñez del Cuvillo (1), Domingo Hernandez "Garcigrande" (1) et Juan Pedro Domecq (0) réunis. Faut-il en tirer des conclusions sur l'évolution de l'élevage? A chacun de se faire un jugement ... sans oublier de mettre dans la balance les alimañas de Vic.
   Un élevage qui ne connait pas de problème d'indulto, c'est celui de Dolores Aguirre. Dans le panorama sinistré des élevages toristes il s'agit sûrement de l'un des plus intéressants et pourtant on le voit trop rarement. Mon rêve serait que, au cours des années qui viennent, dans les plazas françaises aussi bien que dans les grandes ferias espagnoles,  les Dolores Aguirre trouvent vraiment leur place.



En hommage à Victor Barrio tué le 9 juillet en plaza de Teruel par le toro Lorenzo de Los Maños cette photo de Juan Pelegrin.

mardi 1 novembre 2016

Les ganaderias de la famille Pérez-Tabernero aujourd'hui

   Lorsque j'ai débuté en aficion, les anciens classaient les ganaderias en deux catégories. D'un côté, les élevages andalous, gages de caste et de sérieux, dont ils parlaient avec respect. A l'opposé, il y avait les élevages salmantins qui produisaient un toro commercial destiné aux vedettes et dont ils parlaient avec mépris. Aujourd'hui ces critères géographiques ne sont plus de mise mais la coupure entre deux catégories d'élevage est toujours bien réelle. Les grands élevages dynastiques du campo charro, dont les Pérez-Tabernero, ont quasiment tous périclité, victimes d'une part du decastamiento de leurs produits, conséquence logique de leur sélection vers toujours plus de facilité, d'autre part de la concurrence des élevages d'origine domecq qui, peu à peu, ont colonisé le créneau des corridas commerciales.
   Si l'on consulte "l'annuaire" de l'UCTL on trouve encore beaucoup de ganaderias appartenant aux descendants de Fernando Pérez Tabernero, mais elles sont loin d'occuper le devant de la scène, beaucoup d'entre elles ne sont plus que des reliques sans éclat, témoins d'une époque de gloire qui semble aujourd'hui définitivement révolue.
   J'ai recensé les élevages actuels en les classant par encastes.

1- origine Santa Coloma
   Quatre élevages peuvent se prévaloir de l'encaste Santa Coloma en provenance du prestigieux élevage de Graciliano Pérez-Tabernero. Contrairement à ses frères et neveux, ce dernier a toujours cherché à produire des toros de grande caste ce qui fit qu'on surnomma les gracilianos les miuras de Salamanque.

   Alipio Pérez-Tabernero                              
ancienneté : 1895
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Alipio Pérez-Tabernero Fariña
Après que la majorité du troupeau a été vendu à Rufino Calvo (Rio Grande) en 1990 il ne reste plus grand chose sous le fer d'Alipio.

    
  

 Pilar Población del Castillo                                                                
ancienneté : 1944
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Julio Pérez-Tabernero Población (représentant)
En 2016 a lidié 24 reses en rejoneo




   
José Juan Pérez-Tabernero Población                                                                sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : José Juan Pérez-Tabernero Población (frère de Julio P-T Población)




  Hoyo de la Gitana                                                                                    
sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaires : Ignacio, Joaquin et Fernando Pérez-Tabernero Silos
(fils d'Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez)
En 2016  7 toros et 12 novillos ont été lidiés.





2- origine Murube Parladé
   Antonio Pérez-Tabernero Sanchón fut le premier fils de Fernado à se défaire des Veragua×Miura dont il avait hérité. Des années 20 jusqu'aux années 60, sa volonté d'obtenir des toros au tempérament plus docile fit de lui un des ganaderos préférés des figures. Mais, malgré leur origine prestigieuse, le decastamiento qui en résulta conduisit les AP vers le néant. On ne les voit plus guère aujourd'hui qu'en non-piquée. Beau sujet de méditation pour nombre d'élevages actuels...



   Antonio Pérez de San Fernando                                               
ancienneté : 1907
origine : Murube  Parladé  Gamero Cívico  Tamarón
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso





   

 Antonio Pérez Angoso                                                              
ancienneté : 1926
origine : Antonio Pérez de San Fernando - Montalvo
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso




    
Mercedes Pérez-Tabernero Montalvo                                     
ancienneté : 1982
origine : Antonio Pérez de San Fernando - Domecq
propriétaire : Guillermo Marín Pérez-Tabernero (représentant)
6 toros lidiés au cours de la présente temporada.



3- origine Domecq

   Montalvo                                                                 
ancienneté : 1926
origine : Domecq et Vicente Martinez
propriétaire : Juan Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez
(fils de Juan María Pérez-Tabernero Montalvo)
De tous les élevages de la famille Pérez-Tabernero c'est incontestablement celui de Montalvo qui s'en sort le mieux. Cette année, 38 toros ont été vendus, la plupart dans des arènes de 1ère ou de 2ème catégorie. Bien sûr leur origine Domecq y est sans doute pour quelque chose. Mais la particularité de la ganaderia est de posséder encore quelques traces de son origine Vicente Martinez (donc plus anciennement Jijon). Pour preuve le toro Brivon récompensé par une vuelta lors de la dernière feria de Salamanque et dont le pelage berrendo en negro aparejado est typique des anciens Martinez.


4- origine Atanasio Fernandez

   Javier Pérez-Tabernero Martín                                                    
ancienneté : 2000
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : María Concepción Clemares Pérez-Tabernero
(représentante)


   Juan Pérez-Tabernero Martín                                     
ancienneté : 2003
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : Juan Pérez-Tabernero Martín
(fils d'Alipio Pérez-Tabernero Sánchez)





Pour en savoir plus sur la famille Pérez-Tabernero : El blog de la bodega El Toreo 

dimanche 16 octobre 2016

Hoyo de la Gitana : histoire


Hoyo de la Gitana fait partie des fers appartenant à la famille Pérez-Tabernero qui est avec les Galache et les Cobaleda l'une des grandes familles ganaderas (de bravo) du Campo Charro. Entre les différents prénoms, les différents encastes élevés, les héritages, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver et on peut parfois avoir l'impression de tourner en rond. J'ai essayé d'établir la filiation de Hoyo de la Gitana en 4 étapes plus un bonus.

1- Tout commence avec Fernandez Pérez Tabernero (1847-1909), le père créateur. Il achète du bétail au duc de Veragua qu'il croise avec un semental de Miura. En 1895 il acquiert l'ancienneté à Madrid. Mais en 1920 Graciliano Pérez-Tabernero Sanchón, le fils aîné se défait des toros dont il a hérité de son père. Il reconstitue la ganaderia avec  vaches et  toros achetés au comte de Santa Coloma.
fer de Fernando Pérez Tabernero, puis Graciliano Pérez-Tabernero, aujourd'hui à Palomo Linares


2- Devant le succès de Graciliano, son frère cadet Alipio refonde sa propre ganaderia, issue de l'héritage paternel, avec les santacolomas de Graciliano.
fer d'Alipio Pérez-Tabernero


3- En 1958 Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez, l'un des fils d'Alipio, reçoit une partie de l'élevage de son père. Il maintient l'origine Graciliano qu'il "rafraichit" durant les années soixante avec des sementals de Joaquin Buendía. 
 fer d'Ignacio Pérez-Tabernero


4- A la mort d'Ignacio en 1992, ses fils maintiennent la ganaderia en restant fidèles à l'origine santacoloma. A partir de 2000 ils décident d'annoncer la ganaderia sous le nom Hoyo de la Gitana.
fer de Hoyo de la Gitana


   Pour résumer, l'élevage Hoyo de la Gitana est actuellement la propriété de Ignacio, Joaquin et Fernando Pérez-Tabernero Silos, fils de Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez, petits-fils de Alipio Pérez-Tabernero Sanchón, arrière-petits-fils de Fernando Pérez Tabernero créateur de la saga en 1884.
   On notera au passage que l'usage du trait d'union entre Pérez et Tabernero a permis de réunir les deux apellidos en un seul et a ainsi évité la disparition du nom Tabernero qui, sans ce subterfuge, aurait dû laisser la place au nom de l'épouse dès la deuxième génération. Ainsi les trois frères propriétaires de l'élevage sont des Pérez-Tabernero par leur père et des Silos par leur mère.


 NB Mais comme rien n'est simple dans le monde des toros, le nom Hoyo de la Gitana (le trou de la gitane) qui est le nom d'un des lieux de la finca, avait été utilisé par Alipio Pérez-Tabernero lorsqu'il créa en 1939 un élevage (de même origine Graciliano) afin de faciliter sa succession. Mais après que Cucharero eut tué José Falcon le 11 août 1974 dans les arènes de Barcelone, son fils Fernando, qui avait hérité de l'élevage, décida de l'appeler désormais Pilar Población del Castillo.
fer de Pilar Población del Castillo


Pour en savoir plus :
   - le site internet de la ganaderia
   - Terre de Toros
   - El Chofre : Pérez-Tabernero, un apellido de légende

 


dimanche 9 octobre 2016

Retour en photos sur la corrida montoise de Victorino

Un nouveau venu sur le sable de nos ruedos : Emilio de Justo (alternative en 2007 à Cáceres)




















Alberto Lamelas, pour une fois, eut droit à une douceur

















Geste de Baptiste Bordes, 6 écarts aux victorinos
















Satisfaction
















Les photos sont de Laurent Bernède.
Bientôt un lien vers son travail.

jeudi 6 octobre 2016

Quelques photos du championnat de France des écarteurs 2016

Sur cette photo, un élément incongru

















Bel élan d'Etienne Grenet au-dessus de Shakira (Dargelos)

















Etranges positions















Thomas Marty, la solitude de l'écarteur


















Bel écart à Andalouse (Deyris)






















Intérieur avec touche sur Mestalla (Deyris)






















Photos Velonero