mardi 25 juillet 2017

Madeleine 2017 (4)


   Dimanche 23 juillet : corrida d'Adolfo Martin

   Adolfo Martin avait envoyé au Plumaçon un corridón cinqueño, un lot supérieurement présenté qui, par sa présence physique et son danger permit une course de grande émotion. Ces toros, peu mobiles, réfléchis, dont certains ne s'élançaient qu'après avoir longuement toisé le corps du torero, permirent aux trois matadors de mettre en valeur leur courage et leur torería.
   Alberto Aguilar, Emilio de Justo et Alberto Lamelas quittèrent le ruedo sous une grande et unanime ovation. Voilà des toreros qui, injustement, toréent peu, qui n'ont pas encore fait leur place au soleil et, peut-être, ne la feront jamais, mais qui, par leur valeur et leur pundonor resteront dans le cœur et le souvenir des aficionados montois.


 
   La feria de Mont de Marsan, en cinq corridas, a offert un panorama assez complet de la variété de la corrida contemporaine. Entre la corrida de Juan Pedro mercredi et celle d'Adolfo dimanche il y a un monde. Entre les deux, celle de La Quinta a fait l'unanimité. Chacune de ces corridas doit avoir sa place dans un cycle comme celui de la Madeleine. Pourtant la carence trop souvent renouvelée des encierros d'origine domecq interpelle et rend d'autant plus nécessaire l'action de l'aficion en faveur de la variété des encastes et de la présence de toreros modestes mais valeureux.


lundi 24 juillet 2017

Madeleine 2017 (3)


   Vendredi 21 juillet : corrida de La Quinta

   Tout ce qu'a fait Juan Bautista au quatrième La Quinta relève de l'état de grâce. Volés à l'ordinaire, quelques instants de perfection taurine, d'intelligence avec le toro, de communion avec le public. L'attribution des trophées maximums (deux oreilles et la queue) se justifie pleinement lorsqu'elle est réservée à ces moments-là.
   Au-delà de cet événement majeur, la tarde fut riche de nombreuses émotions. A commencer par l'hommage rendu à Ivan Fandiño, ici, dans l'arène où il avait connu tant de tardes glorieuses et où il aurait du toréer cet après-midi.
   La présence et la variété de jeu des toros de La Quinta permit une excellente tarde de toros. A l'exception du premier, maigrichon et fadasse, tous les autres firent des combats dignes d'intérêt. Il firent en outre une très pédagogique démonstration des caractéristiques de l'encaste Santa Coloma, mêlant d'un toro à l'autre, parfois dans le même toro, la douceur du miel et l'amertume du fiel. Jilguerito, le cinquième, était sans doute le plus complet du lot.
   David Mora connut de très beaux moments face à ses deux toros. Son engagement et la caste de ses adversaires lui valurent deux violentes cogida (vuelta - oreille).
   On pouvait lire dans le programme que Juan del Alamo affrontait pour la première fois des toros de La Quinta. Dur et tardif apprentissage pour le Salmantin qui fut mis en échec par deux toros braves et encastés.

 
   Samedi 22 juillet : corrida de Torrealta  et novillada de Las Dos Hermanas

   Lorsque j'ai commencé à lire des chroniques taurines, il n'était pas rare que les revisteros qualifiassent certains toros de toros de media-caste. Il s'agissait la plupart du temps de toros au comportement défensif provenant d'élevages aux origines incertaines. En ce samedi des fêtes de la Madeleine il me semble que la majorité des toros de Torrealta et la totalité des novillos de Patrick Laugier pourraient, bien que les deux élevages soient issus du sang bleu de Domecq, être eux aussi qualifiés de toros de media-caste. Des toros rétifs à s'engager mais avec du nerf, du genio, se défendant par des demi-charges accompagnées de coups de tête désordonnés. Au demeurant, il n'est pas inintéressant de voir nos vedettes confrontées à de tels problèmes. Le face à face entre Sébastien Castella et Saltarin, le cinquième,  fut, à cet égard, du plus grand intérêt.. Pour les novilleros en revanche, six à la suite, ça donne une soirée pesante, pour eux comme pour le public. Soirée qui faillit tourner à la tragédie lors de la chute de Gabin Rehabi au quatrième : les jambes sous le cheval et le reste du corps offert au novillo. Plus de peur que de mal au final. Un miracle de plus!
   Ce jour, Brincador, une pépite de Torrealta sortie en sixième position, représenta l'antithèse de cette mala casta. Des formes harmonieuses, de la bravoure, de la noblesse  et une charge inépuisable. Avec beaucoup de sincérité, José Garrido, toujours à la limite de la rupture, dut batailler ferme pour parvenir à lui couper une oreille.
  

vendredi 21 juillet 2017

Madeleine 2017 (2)

La feria de la Madeleine à Mont de Marsan n'est pas de la roupie de sansonnet. En nombre de corrida, il s'agit d'une des plus importantes ferias européennes de l'été : six spectacles majeurs (5 corridas et 1 novillada piquée). Le tout dans des arènes en général pleines d'un public au sein duquel s'expriment, parfois dans le conflit, toutes les tendances de l'aficion, des plus triomphalistes aux plus intransigeantes.   

   Mercredi 19 juillet : corrida de Juan Pedro Domecq

   Faut-il aller voir une corrida de Juan Pedro Domecq ? Au vu des résultats désastreux de la ganaderia depuis le début de la temporada, et même depuis le début de la décennie, et même depuis le début du siècle, la question se pose. Ceux qui se sont abstenus ce mercredi n'ont rien à regretter car s'il fallait qualifier la corrida en un mot ce serait : fadeur, en espagnol : sosería. Les porteurs du prestigieux fer de Veragua souffrent d'un inquiétant manque de caste qui réduit le tercio de pique à sa plus simple expression et qui, malgré ce traitement, n'empêche pas les toros d'aller a menos, finissant avec des charges décomposées. Des toros jolis à regarder mais sans âme. Une exception, le troisième. Un toro comme en rêvent tous les toreros, les figures déjà consacrées comme José María Manzanares aussi bien que les modestes qui ont un besoin urgent de triompher comme Thomas Dufau. Un toro sans trapío, anovillado, sin cara. Après deux picotazos (of course), une charge noble, longue, répétée et avec suffisamment de vivacité pour susciter l'intérêt des étagères. En plein mois de juillet, un toro de sapin de Noël.
   L'heureux élu fut Thomas Dufau et il ne laissa pas passer l'occasion. Depuis la réception par véroniques genou à terre jusqu'à l'estocade finale en passant par un début de faena à genoux suivi de séries de derechazos parfaitement enchainés et templés avec cite de loin, puis une séquence al natural, le Landais, très concentré, sut faire ce qu'il fallait pour couper les deux oreilles de son prodigieux Prodigioso.
   Et j'ai bien peur que Juan Pedro ait pensé : "Ne changeons rien, mes toros sont formidables."

   

  

jeudi 20 juillet 2017

Madeleine 2017 (1)

   
 Mardi 18 juillet : Concours landais

   Une entrée correcte (demi-arène) malgré la canicule de la journée et l'orage qui s'annonce. Un début de concours intéressant, la lutte pour les premières places s'engage. Un petit miracle en course landaise : la musique est discrète et de bon goût. Nous en sommes à la cinquième vache lorsqu'une violente averse oblige à une interruption momentanée. Le public s'est massé dans les hauteurs abritées du Plumaçon, l'orage s'éloigne, le sol semble avoir bien résisté, le concours reprend dans des conditions correctes. Mais une fois la vache rentrée une annonce au micro informe le public de la suspension définitive de la course. J'ai vu des corridas aller à leur terme malgré de bien plus grandes pluies...
  En tout cas la prochaine fois que le temps sera incertain je resterai chez moi.





  

lundi 17 juillet 2017

Céret, première

   C'était ma première corrida à Céret (et pour moi la seule du cycle). Mon dépucelage cérétan en quelque sorte. Un dépucelage raté, comme il se doit. Mais j'ai cru comprendre que d'habitude ça ne se passe pas comme ça. Il faudra donc que j'y revienne...
   Avant que la course ne commence, par haut-parleur, les organisateurs avertissent  le public que les toros se sont abimés les cornes dans les corrals et que, désireux de ne pas rompre l'unité d'une course de Miura, ils avaient choisi de faire lidier l'intégralité du lot tel qu'il était.
   Et c'est ainsi que, ce qui devait être un anniversaire heureux (30ème année de Céret de Toros), a tourné au désastre et à la confusion.
   Il me semble que ce que l'on peut reprocher aux organisateurs c'est d'avoir péché par naïveté. Et comme la naïveté est le propre des passionnés il leur sera beaucoup pardonné.
   La première naïveté est d'avoir choisi un lot de Miura. Car, chez Miura, lorsque l'on s'appelle Céret, on passe fatalement après Pampelune, Séville, Bilbao et Madrid. On n'a donc que du second choix; en l'occurrence des toros qui ont eu des problèmes de corne au campo et que l'on a arrangés (arreglado) ... et advienne que pourra une fois les toros arrivés à la plaza. Arles a ainsi longtemps hérité de lots aux cornes ravagées et, même dans les prestigieuses arènes précitées, la maison Miura a du mal à présenter six toros correctement armés.
   Deuxième naïveté, celle d'avoir cru qu'un public biberonné depuis 30 ans au torisme le plus intransigeant puisse accepter de voir lidier des toros - fussent-ils de Miura - aux cornes aussi détruites que l'étaient celles des quatrième et cinquième. Dans n'importe quelle arène ils auraient provoqué malaise et remous. Alors à Céret ...
   En fin de compte, cet incident ramène les organisateurs sur le plancher des vaches. Une leçon d'humilité sans doute.






A Céret il n'y a pas que les illusions des aficionados qui partent en fumée (photo Velonero)

dimanche 16 juillet 2017

Pampelune







Jeudi 13 juillet      Pamplona
beau temps, vent frais
lleno

6 toros de Nuñez del Cuvillo (12 piques, ovation au 4) pour Antonio Ferrera (silence, vuelta), Alejandro Talavante (une oreille, silence) et Ginés Marín qui remplaçait Roca Rey blessé ici-même l'avant-veille (silence, silence)

Tout commence par des sifflets (gentils) à l'adresse du président (ici, c'est toujours un élu municipal), puis, au tendido soleil, se déploie une banderole géante en faveur des prisonniers d'ETA qui déclenche une belle bronca. Durant toute la corrida, les peñas entretiennent un vacarme d'un niveau sonore à la limite du supportable. Pas d'erreur, nous sommes bien à Pampelune.
Inégaux de présentation, les toros de Nuñez del Cuvillo vont montrer tout au long de la tarde peu d'appétit pour le combat contre la cavalerie. Ils sortent presque toujours seuls de la rencontre et sont donc peu piqués. En conséquence, ils sont peu fixés et très mobiles ce qui occasionnera des deuxièmes tiers souvent émotionnants, la pression des toros obligeant à plusieurs reprises les banderilleros à sauter la barrière. Au troisième tiers les 2, 4 et 5 sont les meilleurs, nobles, vifs, de charge longue.
Antonio Ferrera n'insistera pas face à son premier adversaire, un cinqueño laid et faible. En revanche, face au quatrième, le meilleur toro de l'après-midi, son actuation sera complète, toute empreinte de maturité radieuse. Avec un classicisme teinté d'une pointe de baroque qui lui est propre, il alterne, sur les deux mains, moments de toreo lié ou de passes à l'unité, toujours en phase avec le comportement du toro. La mort sera plus laborieuse : une tentative de recibir se soldera par une demi-épée suivie de deux descabellos. A l'issue du premier descabello Antonio subit, sur une arrancada du toro une violente voltereta qui le laisse un instant groggy.
Alejandro Talavante profitera de la mobilité de ses deux toros pour lier naturelles et derechazos élégants mais parfois un peu distants. Rien de superflu dans son toreo mais une difficulté, parfois, à se centrer. Incompréhensiblement, il ne s'engage pas le moins du monde à la mort de son second adversaire alors que le triomphe était à portée d'épée.
Moins bien servi, Ginés Marín se contente ce jour de montrer sa planta torera et ses belles manières.


samedi 8 juillet 2017

Pamplona

El jugo del bacalao
corre
por los labios de la moza
Olor a ajo y a vómito
Belleza de ojo azulado
de cansancio
Rojo de los labios
rojos de vino tinto
Bajo la camisa manchada
la ducha de sangría dibuja los pechos
en punta
como picos volcados
Abajo el tercer negro está que no termina
de caer
Los peones insectos asesinan
Moscas azules y verdes
sobre la mancha que se estremece allí lejos
en un desierto abrumado
de bandas
El sol grita sus vanidades
de barrio
Insultos arrogantes de peñas
Al caer el tercer negro
el sol es el rey
Los baldes de vino tinto bailan
en chaparrones
de amistad
Los panes entreabren su miga como muslos
y la salsa se escurre al interior
A la sombra los trajes cardenillos
se aburren
El pelele allí abajo
Aquél que decian el maestro
sopla con las dolorosas ganas
de estar en otra parte
de irse muy lejos
lejos de aquí
de esta cuba de carne borracha
de este caldero de odio
de este puchero feliz
Pero el sol pesa
con sus bombos
y todos sus negros a quienes les gusta
el café
La moza despechugada de indecencia
ataca el jamón con dientes de hiena
sonrisas de indiferencia
perforadas por falos
invisibles
Reparte el pan y el vino
como en misa
No se volverá
hacia el pelele allí abajo
Al sol le importan un pico los maestros
Los negros sí
Los negros de la noche
Llegados en silencio hasta la fábrica de gas
Subrepticia invasión
de matadores guerrilleros
en la ciudad ruidosa ydespreocupada
Los negros que son el mal
Correr ante el mal para saberlo
vencerlo
lo más cerca de su cuna de matanza
donde guarda todas las gracias
El encierro es una acción de gracias
un esprint de redención
una eternidad de ocho segundos
un infinido de cincuenta metros
Después habrá churros
chocolate espeso
y después el clarete el pacharán y el cuba libre
y el cochinillo y el bacalao del sol y la ducha
de sangría y las oraciones de San Fermín y
la tristeza
de los matadores
Y siempre está Navarra poco avariciosa
de sus durezas
de sus dulzuras
de sus pecados
Los burgueses rojos y blancos
con hijos como ellos
van a esconder su confesional durante
ocho días
y ser infieles a sus mujeres con
australianas
La moral se calla de pronto en el fondo de
la catedral
Acurrucada como una vieja
En los bares de los burdeles
los esclavos de color
hablan de Julio
y de pesetas con acento
ecuatoriano
Y se recuerda la Conquista
olvidando a Franco
y la humillación
En casas de las viudas las sirvientas llevan pequeños
sombreros
para agradar a los chalanes
y a los empleados de banco bien peinaditos
En la casa del cerdo
el humo de la grasa es una niebla
de agua en la boca
En casa Mauleón las costillas están a precio
de caviar
Y en el Iruña los clones de Hemingway
no paran
de acariciarse sus barbas
como si fueran
un buen par
de huevos

Patrick ESPAGNET
Los Negros
Traduction de Marcel Antoine Bilbao
Loubatières 2002

mercredi 5 juillet 2017

Pampelune , poème de Patick Espagnet


Le jus de la morue
coule
sur les lèvres de la fille
Odeur d'ail et de dégueulis
Beauté d'un œil bleui
de fatigue
Rouge des lèvres
rouge de vin rouge
Sous la chemise souillée
la douche de sangria dessine les seins
pointus
comme des becs renversés
En bas le troisième noir n'en finit pas de tomber
Les peones insectes assassinent
Mouches bleues et vertes
sur la tache qui tressaute loin là-bas
dans un désert assommé
de bandas
Le soleil hurle ses vanités
de quartier
Insultes rogues des penas
Au troisième noir tombé
le soleil est le roi
Les seaux de vin rouge valsent dans des averses
d'amitié
Les pains entrouvrent leur mie comme des cuisses
et la sauce s'y glisse
A l'ombre les costumes vert de gris
s'ennuient
Le pantin en bas
Celui qu'on disait le maître
souffle avec la douloureuse envie
d'être ailleurs
De s'en aller très loin
loin d'ici
de cette cuve de viande saoule
de ce chaudron haineux
de cette marmite heureuse
Mais le soleil est lourd
avec ses grosses caisses
et ses nègres qui aiment tous
le café
La fille débraillée d'indécence
attaque le jambon avec des dents de hyène
Des sourires d'insouciance
taraudés de phallus
invisibles
Elle partage le pain et le vin
comme à la messe
Elle ne se retournera pas
vers le pantin là-bas en bas
Le soleil se fout des maîtres
Pas des noirs
Les noirs de la nuit
Arrivés en silence jusqu'à l'usine à gaz
Subreptice invasion
de tueurs maquisards
dans la ville ronflante d'insouciance
Les noirs qui sont le mal
Courir devant le mal pour savoir
le vaincre
Au plus près de son berceau de tuerie
où il détient toutes les grâces
L'encierro est une action de grâces
Un sprint de rédemption
Une éternité de huit secondes
un infini de cinquante mètres
Après il y aura le churro
le chocolat épais
Et après le clarete le pacharan et le Cuba libre
et le cochon de lait et la morue du soleil et la douche
de sangria et les prières de San Fermin et la tristesse
des tueurs
Et toujours il y a la Navarre pas avare
de ses rudesses
de ses douceurs
de ses péchés
Les bourgeois rouges et blancs
avec des enfants comme eux
vont planquer leur confessionnal pour huit jours
et tromper leurs femmes avec
des Australiennes
La morale est soudain silencieuse au fond de
la cathédrale
Tapie comme une vieille
Aux bars des bordels
les esclaves de couleur
parlent de Julio
et de pesetas avec l'accent
équatorien
Et l'on se souvient de la Conquête
En oubliant Franco
et l'humiliation
Chez les Veuves les servantes ont de petits
chapeaux
pour faire plaisir aux maquignons
et aux employés de banque gominés
A la maison du cochon
la fumée de la graisse est un brouillard
d'eau à la bouche
Chez Mauléon les costillas sont au prix du caviar
Et à l'Iruna les clones d'Hemingway
n'en finissent pas
de caresser leur barbe
comme si c'était
une grosse paire
de couilles

Patick ESPAGNET
Les Noirs
Editions Loubatières, 2002


vendredi 30 juin 2017

Quelques photos en hommage à Ivan Fandiño

Ivan Fandiño a illuminé de sa torería de nombreuses temporadas dans le Sud-Ouest. Son pundonor, son toreo sincère et dominateur avaient fait l'unanimité auprès de l'aficion. Voici, en guise d'hommage, quelques photos de Laurent Bernède.






















Orthez 2010























Vic 2013

































Bilbao juin 2012




dimanche 25 juin 2017

Corrida de La Brède

   6 toros de Fuente Ymbro (9 piques, ovation au 4 et 6) pour Curro Díaz (silence, deux oreilles), Roman (salut, silence) et Tomas Campos (silence,deux oreilles).
   A l'issue du paseo émouvante minute d'applaudissements en hommage à Ivan Fandiño.

   Les FUENTE YMBRO du jour, bien présentés compte tenu de la catégorie de la plaza, furent majoritairement mansos, attirés par les planches. Malgré tout, ils maintinrent l'intérêt de la tarde par leur mobilité et leurs charges parfois âpres qu'il fallait dominer.
   Les deux extrêmes pour Curro DIAZ. Un premier, remarquablement armé, cinqueño, mais très faible et manso à l'ancienne c'est à dire retranché dès le début du combat aux tablas. Le maestro de Linares abrégea d'un bajonazo. Le quatrième bis remplaça le titulaire qu'il fallut puntiller après qu'il se soit rompu les cervicales en heurtant un burladero lors de sa sortie tonitruante (bravo, au passage, à l'habileté du puntillero). Ce fut le seul qui poussa à la pique avec les riñones, puis sa charge brusque permit à Curro Díaz de montrer sa facette de torero lidiador. Sur la droite, il améliora et domina en plusieurs séries bien construites la charge encastée de son adversaire. Deux oreilles après une demie basse d'effet rapide.
   Si ROMAN veut continuer sa route dans la profession il va falloir qu'il se penche sur ses carences à l'épée. Il sut prendre par deux fois la mesure de ses adversaires mais on regrettera qu'à son premier il soit bien vite passé aux faciles culerinas au détriment de possibles naturelles.
   Tomas CAMPOS constitua l'heureuse surprise de la tarde. Voilà un torero sincère qui foule des terrains de vérité. Au sixième, faena complète avec de remarquables naturelles et derechazos. Une entière et deux oreilles.



Tomas Campos

lundi 19 juin 2017

Ivan Fandiño, grand torero

   La première fois que j'ai vu toréer Ivan Fandiño c'était à Bilbao en 2006, un an après son alternative en ce même lieu. Il fut vaillant au possible et un des La Quinta du jour l'envoya à l'infirmerie. L'année suivante, la Junta Administrativa l'inclut dans un cartel de luxe. Ponce, Juli et lui, natif de la toute proche Orduña, dans le rôle du torero local et pas cher : un outsider! Il tint son rôle à la perfection, ne ménagea pas sa peine - j'ai le souvenir d'un quite par gaonera de asusto - et coupa, face à des Ventorrillo con genio, la seule oreille du jour.
   De fait, durant toute sa carrière, Ivan Fandiño consacra son énergie, son courage, sa valeur à sortir de ce rôle d'outsider, de segundon, que le mundillo avait décidé d'assigner à ce Basque à la tauromachie brute mais d'une sincérité telle qu'elle pouvait faire de l'ombre aux figures. Et ce qui fut magnifique c'est qu'il y parvint!
   De 2011 à 2014, de sa conquête de l'Espagne et de la France jusqu'à sa grande porte madrilène, ces quatre temporadas furent pour lui des temporadas de plénitude. Son assurance, son toreo dominateur, sincère et pur (qui s'exerça face à tout type de toros), ses estocades a toda ley lui permirent d'obtenir des succès continus dans quasiment toutes les arènes où il toréa. Dans notre Sud-Ouest il devient le torero de base des principales ferias. En Espagne, il est considéré comme le triomphateur des temporadas 2012 et 2013. Ivan Fandiño est devenu un grand torero. Un moment symbolise parfaitement la réussite de l'homme et du torero : le paseo qu'il effectue, seul, dans les arènes de Madrid le 29 mars 2015. Sur son seul nom le matador basque a réussi à afficher le no hay billetes à la Monumental un dimanche de mars!
   La suite sera plus difficile. La corrida se déroule mal, le matador semble avoir perdu la confiance et la sérénité qui le faisaient dominer tous les toros. Déjà, fin 2014, on avait noté une baisse de régime après une blessure (violent choc avec perte de connaissance) survenue dans les arènes de Bayonne. Comme on pouvait s'y attendre personne ne lui fera de cadeau. Voilà le torero à nouveau marginalisé. A nouveau, il mettra toute son énergie à tenter de redevenir le Fandiño des années triomphales.
   Jusqu'à ce samedi 17 juin lorsque Provechito, toro de Baltasar Iban, délaisse la cape d'un peon pourtant parfaitement placé pour reprendre au sol ce corps qu'il vient de renverser.
   La vie d'un torero tient parfois à très peu : un mouvement, une ombre, un coup de vent, un hasard qui se transforme en destin. C'est aussi pour cela que nous les admirons.












photo Bertrand Langlois AFP

lundi 12 juin 2017

Novillada de Captieux : retour brutal à la médiocrité

   6 novillos de Luc et Marc Jalabert (6 piques, une chute) pour Pablo Aguado (silence, silence), Diego Carretero (silence, silence) et Andy Younes (une oreille, deux oreilles)
   C'est dur de passer après Vic, surtout avec un lot de domecqs quasi-invalides : un retour brutal à la médiocrité. Rien à reprocher à la présentation, ni à un fond de bravoure bien présent. Mais tous les novillos sortirent de la pique hébétés, incapables de mettre un pied devant l'autre sans tituber.
   Pablo Aguado, depuis sa Séville natale, a fait beaucoup de kilomètres pour pas grand chose car, face à deux invalides, il n'y avait, de fait, pas grand chose à faire.
   Diego Carretero, encore très vert, se fit prendre deux fois par le second novillo (con sentido) et fut souvent embrouillé et bousculé face au brusque cinquième, mais il fit preuve de ténacité et parvint à donner, en se croisant et en baissant la main, quelques naturelles de qualité. Il fut peu aidé, au final, par un puntillero particulièrement calamiteux.
   J'ai vu à Andy Younes (le sauveur de l'après-midi) beaucoup de qualités. Il est puesto, con sitio. C'est assurément un torero de la alegria qui connecte facilement avec le public, avec tout le côté superficiel que cela suppose, mais il m'a semblé également capable de pratiquer un toreo plus épuré, avec temple et ligazon. De plus tueur efficace et engagé.





vendredi 9 juin 2017

Vic remet les pendules à l'heure

   Les 24 toros et 2 novillos qui ont été lidiés pendant la dernière feria de Vic Fezensac ont tous été solides et mobiles. Tous ont pris au moins deux vraies piques, la majorité en a pris trois, et certains,exceptionnellement, quatre. Beaucoup d'entre eux furent authentiquement braves, beaucoup firent preuve également de noblesse, offrant ainsi aux toreros la possibilité de montrer leur savoir-faire, voire leur art.
   Ainsi, en trois jours, la feria vicoise a remis les pendules à l'heure. Elle a montré non seulement ce que devrait être un toro de combat mais ce qu'il est encore réellement aujourd'hui quand on se donne la peine de l'élever, de le mettre à l'affiche, de le toréer.

mercredi 7 juin 2017

Vic : la corrida-concours 2017

   Tendero est un MIURA de cinq ans, sardo et haut. Il ne se livre pas à la cape. Il prend 4 piques avec bravoure, partant de loin, sans se faire prier. Lopez Chaves le met remarquablement en suerte et Manuel Bernal pique à la perfection (ovation). A la muleta, le pensionnaire de Zahariche reste mobile en début de faena avant de se réserver et de chercher ce qui se passe derrière le leurre. Un bon miura. Double vuelta pour Lopez Chaves et bronca homérique au président qui a refusé l'oreille (la bronca se renouvellera jusqu'à la fin de la course chaque fois qu'il voudra annoncer le toro suivant).
    L'astifino negro de VALVERDE prend trois piques sans éclat, manque de fixité, sa charge restera incertaine du début à la fin de son combat. Silence.
   Tacholero de CUADRI montre d'entrée son exquise noblesse dans la cape de Michelito. Brave mais tardo sous trois piques, il ira ensuite a menos et la soseria dominera. Un cuadri classique.
   Le pensionnaire d'OLIVEIRA IRMAOS est un vieux morucho (il approche les 6 ans) basto, laid d'armure, sans doute oublié un temps au fin fond du campo portugais. L'intérêt de sa vie publique en Armagnac résidera dans l'attitude de Lopez Chaves qui mettra tout en œuvre pour éviter que sa lidia ne tourne à la confusion. Il y réussira parfois. Pitos au toro, salut au matador.
   Minero de VALDELLAN sort seul deux fois de la pique. C'est un toro vif et mobile au troisième tiers. Trop sans doute pour Morenito de Aranda qui se contente d'expédier les affaires courantes. Palmas au toro et pitos au matador.
   Jardinero, santacoloma de l'élevage aragonais de LOS MAÑOS sera le toro de la feria (qui en a pourtant compté beaucoup de bons). Sortie magnifique, toro con trapío et caste. A la pique, un seigneur : il part quatre fois de plus en plus loin avec vivacité et franchise pour quatre vraies piques (très bien Gabin Rehabi). C'est un toro fort, imposant, à la charge soutenue. Hélas le sort a voulu que, par on ne sait trop quelle aberration, il tombe entre les mains de quelqu'un qui n'avait rien à faire dans la piste de Vic. Trop de toro pour trop peu de torero. Lors des deux tentatives de naturelles, Jardinero suit l'étoffe avec noblesse et va se retourner loin, laissant aux spectateurs les regrets de ce combat tronqué. Vuelta au toro après forte pétition.

   Les prix de la corrida-concours
meilleur toro : Jardinero de Los Maños
meilleure brega : cuadrilla de López Chaves : Jesus Talaván, Raul Ruiz, Gómez Pascual
meilleur picador : Gabin Rehabi
















Jardinero de Los Maños

mardi 6 juin 2017

Résumé chronologique de la feria de Vic 2017

Malgré le temps maussade, le millésime 2017 restera comme une belle réussite pour les pèlerins vicois. On y vit abondance de toros con trapío, poder, bravoure, noblesse. Les tercios de pique furent le plus souvent bien menés, quelques uns d'exception. Il y eut même quelques excellentes faenas et des toreros se révélèrent.

   Novillada de Raso de Portillo (samedi matin)
Les deux magnifiques santacolomas de RASO de PORTILLO lidiés en ce samedi matin ont lancé la feria de belle manière. Ils ont pris avec bravoure sept piques pour une chute. Et cela ne les empêcha pas de garder leur mobilité au troisième tiers.
Mario PALACIOS eut peur et ne put rester quieto devant le premier.
Miguel Angel PACHECO, par des cites lointains, sut profiter de l'allant de son adversaire. Vuelta après entière ladeada.
Un regret : que la pluie, en rendant la piste impraticable, oblige à arrêter la course et laisse deux novillos dans les chiqueros.

   Corrida de Dolores Aguirre (samedi après-midi)
Si l'on vous dit bravoure et noblesse vous ne pensez pas forcément aux toros de Dolores AGUIRRE. C'est pourtant les qualités que développèrent plusieurs toros de ce jour. En particulier le second, Carafea III (vuelta al ruedo), un beau burraco qui s'élança quatre fois à l'assaut de la monture de l'excellent Juan José Esquivel. Le suivant, Carafea II, fit preuve quant à lui d'une noblesse sans faille.
PAULITA, le moins bien servi, resta d'une discrétion exemplaire.
Octavio CHACON que l'on découvrait dans le Sud-Ouest laissa une excellente impression par son sens de la lidia et sa capacité à mettre en valeur les toros à la pique. Bonne faena et oreille de Carafea III.
Alberto LAMELAS connut, muleta en main, de bons moments face à son premier adversaire mais il tua par deux fois de manière catastrophique.

   Corrida-concours (dimanche matin)
Un très grand toro : Jardinero (6) de Los MAÑOS (vuelta et prix au meilleur toro) et deux toros intéressants : le MIURA (1) et le VALDELLAN (5) dans la corrida-concours sur laquelle je reviendrai en détail.
Deux grands tiers de pique par Manuel Bernal (1) et Gabin Rehabi (6).
Chez les matadors : LOPEZ CHAVES, l'homme de la situation; MORENITO de ARANDA, médiocre et MICHELITO, incapable.

   Corrida de Palha (dimanche après-midi)
Les toros de PALHA ont été bons : braves, nobles, de charge soutenue (salut du mayoral en fin de course).
Alberto AGUILAR ne fut aujourd'hui que l'ombre du torero qu'il était il y a quelques années. De plus tueur calamiteux.
Emilio de JUSTO (oreille, oreille) grâce à son toreo classique et engagé confirma ses bonnes prestations dans la région l'an dernier. Il gagnerait à moins crier durant les faenas mais c'est un torero à suivre avec intérêt.
Il y a beaucoup de douceur et de suavité dans le toreo de Ruben PINAR toutefois son positionnement par trop marginal l'empêche de dominer totalement et d'emporter l'adhésion.

   Corrida d'Alcurrucén (lundi après-midi)
Sous le soleil revenu est sorti sur le sable vicois un magnifique lot de cinq ans d'ALCURRUCÉN (origine Nuñez). Avec, en outre, des armures d'une longueur et d'un aigu qui faisaient frémir. Ce fut en revanche plus léger au niveau de la caste. Beaucoup de mansedumbre, peu de fond, mais une mobilité sans faille vers les chevaux ou sur les leurres qui favorisa une tarde entretenida.
 L'élégance de Curro DIAZ, sa douceur et son temple se jouèrent avec facilité de son premier adversaire qu'une entière portée en se mouillant les doigts foudroya (oreille). Face au quatrième qui jouait de la corne dans la muleta, l'artiste ne chercha pas à pousser le contre-ut (silence).
Grande faena de Juan BAUTISTA face au 3, prenant peu à peu l'ascendant sur son adversaire, le dominant dans un terrain réduit avec un toreo épuré. Recibir au second essai (oreille). L'Arlésien fut plus discret face au brusque cinquième (salut).
En ce jour d'alternative (la première octroyée en plaza de Vic Fezensac), le Vénézuélien Manolo VANEGAS (une oreille, vuelta) a impressionné par son oficio et la qualité de son toreo. Ils lui permirent de dominer deux cinqueños imposants, l'un querencioso, l'autre réticent à se livrer. Les qualités dont a fait preuve aujourd'hui le Sud-américain font de lui un authentique espoir.


lundi 29 mai 2017

Juin 2017 toros en Gironde

Captieux
   Dimanche 11 juin
   17h   novillada
Luc et Marc Jalabert
Pablo Aguado - Diego Carretero - Andy Younes

Rugby y toros, le blog


















La Brède
   Samedi 24 juin
   11h30 novillada sans picador
Alma Serena - La Espera
Dorian Canton - Yon Lamothe

   18h  corrida
Fuente Ymbro
Curro Díaz - Roman - Tomas Campos

programme




lundi 22 mai 2017

Domecqs à gogo

   Durant les quatre journées que j'ai passées à Madrid on a fait lidier quatre fois des toros d'encaste domecq.
   Les toros de MONTALVO, bien présentés, avec trois cinqueños, constituèrent une déception. A leur décharge, la terna de  matadors, dont on attendait beaucoup, ne fut pas des plus inspirée ce jour.
   Les Salvador Domecq de LAGUNAJANDA constituaient un magnifique lot de cinqueños. Hélas tous manquèrent de bravoure et de caste.
   Les FUENTE YMBRO, bastos, firent preuve de mobilité mais manquèrent de bravoure et de fixité. Le quatrième, franc et repetidor, ressortit nettement du lot.
   Les PARLADÉ, malgré deux cinqueños, n'avaient pas le trapío exigible à Madrid. Ils manquèrent en outre de force et de caste. Seuls cinq avaient réussi à passer le reconocimiento et un fut remplacé durant la lidia pour faiblesse de patte.
   Les deux sobreros d'El MONTECILLO étaient deux grands bœufs, l'un paisible, l'autre violent et dangereux.

   J'ai classé les 25 toros sortis des chiqueros en 4 catégories :

Domecqs ordinaires : 11
Ce sont les toros bravitos, nobles mais que le manque de caste ou de force conduit peu à peu à réserver leurs charges.
   2 Montalvo
   3 Lagunajanda
   3 Fuente Ymbro
   3 Parladé

Bœufs : 9
Toros qui sortent au pas, ne se fixent pas sur la cape, se défendent sous la pique, reculent, sortent seuls, puis grattent et chargent tête haute, sans recorrido.
   2 Montalvo
   2 Lagunajanda
   2 Fuente Ymbro
   1 Parladé
   2 El Montecillo

Toros très faibles ou invalides : 3
   1 Montalvo
   1 Lagunajanda
   1 Parladé (changé)

Toros encastés : 2
   1 Montalvo
   1 Fuente Ymbro

On le voit, le constat n'est pas brillant.
La conclusion que j'en tire c'est que la place prépondérante occupée actuellement par l'encaste domecq dans les ferias n'est en rien justifiée par la valeur réelle de ses toros.

dimanche 21 mai 2017

Vu à Las Ventas (suite)

Mercredi 17 mai : El Fandi et les quatre paires de banderilles
   Lorsque El Fandi est au cartel, l'aficionado ne va pas à la plaza pour voir de sa part d'exquises faenas. On le sait, en revanche, banderillero spectaculaire et, à Madrid comme ailleurs, on attend de lui des deuxièmes tiers brillants.
   A son premier Fuente Ymbro, après deux poses réussies, le Granadino manque sa troisième paire. Il demande alors au président l'autorisation d'en planter une quatrième, ce que lui refuse celui-ci. Le maestro réitère sa demande, nouveau refus ostensible de l'autorité. La plaza est en ébullition, partagée entre ceux qui veulent du spectacle et appuient le matador banderillero et ceux qui, par soumission de principe à l'autorité, soutiennent la présidence. El Fandi, non sans avoir eu, m'a-t-il semblé, un moment d'hésitation, finit par se plier à la décision présidentielle.
   Mais l'homme a plus d'un tour dans son sac. Hortelano, son second adversaire, est le meilleur toro de la soirée. La première paire est plantée à cornes passées, la deuxième est un sesgo por dentro risqué. El Fandi prend alors deux paires de banderilles à la fois, fait une vague mimique vers la présidence et plante la troisième paire al violin puis dans la continuité de la charge du toro la quatième al cuarteo. Ovation de Las Ventas, matador radieux et président que l'on imagine marri.
   NB1 : L'actuel règlement précise que l'on placera "pas moins de deux ni plus de trois paires de banderilles". Le président avait donc réglementairement la possibilité de refuser bien que la tradition veuille que les matadors banderilleros puissent exceptionnellement demander de poser une quatrième paire, même si le changement de tiers a eu lieu. Tout dépend également de l'interprétation que l'on fait du terme utilisé dans le règlement espagnol ("colocar") qui semble impliquer que les banderilles restent accrochées au toro, c'est d'ailleurs en ce sens qu'on l'entend lorsque le président exige la continuation du tercio tant que quatre banderilles ne sont pas accrochées (ce qui arrivera le lendemain au cinquième toro).
   NB2 : Je voudrais rassurer les partisans de l'ordre taurin qui me lisent. L'autorité présidentielle aura finalement le dernier mot car, après une faena purement fandilesque (c'est à dire commencée et terminée à genoux et fort peu esthétique mais bien menée) face à un toro qui répète ses charges avec alegria, suivie d' une entière desprendida, le président refusera l'oreille au torero malgré une pétition nourrie qu'il jugea sans doute non majoritaire.

Jeudi 18 mai : Petit toro ou grand bœuf
   Lorsque le préposé à l'affichage s'avança vers le centre du ruedo avec la pancarte annonçant le troisième toro de Parladé, une rafale de vent fit s'envoler les chiffres qui annonçaient son poids. 4, 8, 7 dispersés sur le sable de Las Ventas. Le vent, avant le public, avait rendu son verdict. Même bien fait, le torito n'était pas digne de combattre dans la première arène du monde. On le protesta dans tous les secteurs des étagères mais il resta en piste. J'ai peut-être l'esprit mal placé mais je ne peux m'empêcher de voir dans ce toro une tentative de la nouvelle empresa pour introduire à Madrid le medio-toro cher à son cœur. Il se trouve que Lustroso n'était ni brave ni solide et que sa lidia résulta décevante mais eût-il été un bon toro et son maestro eût-il coupé une oreille, une brèche aurait été ouverte.
   Ce même jour sortit en remplacement d'un Parladé renvoyé pour faiblesse de pattes un grand bœuf violent de l'élevage El Montecillo. Un bœuf dangereux! Dès la première passe de cape il mit Ivan Fandiño en difficulté. Le tercio de pique ne fut que coups de têtes, reculades et sauts pour atteindre le picador. La pose des banderilles, un calvaire pour la cuadrilla. En choisissant d'abdiquer sans chercher à lutter, Ivan Fandiño a sans doute perdu l'occasion de retrouver les faveurs du public madrilène. On ne lui demandait pas une faena moderne, impossible face à une telle alimaña  mais je garde le souvenir de la prestation remarquable de courage et de dominio d'Antonio Barrera à Vic devant un animal du même acabit.
   Entre petits toros anodins et grands bœufs, Madrid, ce jour ressemblait plus à une plaza de talenquère qu'à la plus importante arène de la planète taurine.



photo Antonio Heredia (El Mundo)

samedi 20 mai 2017

Vu à Las ventas

   Une poignée de jours passés à Madrid me donnent l'occasion de souligner quelques moments marquants des quatre corridas auxquelles j'ai assisté.

Lundi 15 mai : Curro Díaz face à Escandaloso
   Escandaloso, le quatrième toro de la mauvaise corrida de Montalvo est d'un type différent. Grand, lourd, le ventre et l'arrière-train blanc jusqu'à la queue. Peut-être une réminiscence de l'ancienne origine Vicente Martinez qui affleure encore de temps en temps dans l'élevage. Il fait une sortie de bœuf paisible, hume le sable venteño, refuse de charger les capes. C'est à la pique que va se révéler son vieux fond de bravoure. Il s'arc-boute et pousse avec les reins avec une puissance parfaitement contenue par Curro Sánchez. Il ne s'emploiera pas autant à la seconde rencontre.
   Au troisième tiers Curro Díaz l'entreprend parfaitement par naturelles laissant de l'espace au toro, il réussit même à toréer con desmayo déclenchant les olés madrilènes. Mais le toro va a mas et Curro qui, par sa lidia intelligente, a contribué à cette évolution positive, ne suit pas. Il reste trop souvent marginal et superficiel, ne parvient pas à réellement dominer le toro, donnant la sensation de passer à côté d'un triomphe possible. Et, phénomène classique à Las Ventas, le public finit par prendre le parti du toro. Tout s'achève, après un bajonazo et une longue résistance d'Escandaloso, par une forte division d'opinion pour le torero et une grande ovation pour le toro.

Mardi 16 mai : Fortes, torero
   Lorsqu'on a été témoin de la terrible cornada au cou reçue ici même par le Malagueño (sans compter d'autres tout aussi graves reçues en d'autres lieux), ce n'est pas sans une certaine appréhension que l'on voit Jimenez Fortes affronter un toro. Et l'on en est que plus admiratif pour le courage froid, la sincérité et le dominio dont il fit preuve face au très sérieux Luchador, cinqueño de Lagunajanda au comportement réfléchi.
   Le torero alterne toreo classique sur les deux mains, finit par des bernardinas d'épouvante et tue en s'engageant. Vuelta après pétition d'oreille.
   Fortes, un torero qui mérite que la chance, enfin, lui sourie.




mardi 2 mai 2017

Aire sur Adour : intéressante novillada de María Cascón

   La famille Fraile est aujourd'hui une des dernières à faire vivre le sang Atanasio Fernández - Lisardo Sánchez. On connait les Puerto de San Lorenzo, les Valdefresno, qui montrent encore un peu le bout de leurs cornes dans les ferias. On connait moins le fer de María CASCON, épouse de Juan Luis. Il y a quelques années un toro de cet élevage a pourtant reçu les honneurs d'un tour de piste en plaza de Madrid.
   Bien présentés, quoiqu' inégaux d'armure, tous noirs, les novillos d'Aire sur Adour n'ont pas manqué d'intérêt. Ils firent preuve de bravoure face au cheval en 13 piques et une chute. A l'exception du cinquième, ils offraient tous de réelles possibilités. Leur défaut : de la faiblesse pour les deux premiers, une tendance à se montrer tardos au dernier tiers compensée par une charge piquante lorsqu'ils se lancent à l'assaut de la muleta. Très bon le troisième qui, après trois piques bien prises, maintint une charge puissante et encastée tout au long du troisième tiers. Bon également le dernier à la charge soutenue.
   Mario PALACIOS a été propre, ce qui pour un novillero n'est pas forcément un compliment. Autrement dit, il ne montra pas l'envie que devrait montrer un aspirant et ne foula pas les terrains qui permettent le succès.A sa décharge il relevait d'une blessure subie récemment dans la capitale.
   Le Mexicain Leo VALADEZ, le plus mal servi, montra qu'il savait s'adapter au comportement de ses novillos. Il toréa avec beaucoup de temple, sans l'obliger, le faible second. Face au cinquième, un novillo receloso et brusque, il essaya de livrer bataille sans, toutefois, parvenir à réduire son adversaire.
   Adrien SALENC actua en véritable novillero. Face à un lot exigeant (les deux meilleurs novillos de l'après-midi) il eut parfois du mal à dominer, ses estocades résultèrent tombées, mais il eut toujours une attitude positive, une sincérité et une variété dans le jeu qui lui permirent de connecter avec le public et de rencontrer le succès (vuelta, oreille).


   

dimanche 30 avril 2017

Un grand moment de tauromachie

   Tout a commencé par un des plus énormes batacazos qui se puisse voir. Platino, 570 kilos de colère noire, portant le fer d'Albaserrada, venait d'entrer en action. Aux banderilles, il accrocha Montoliu fils qui rendait hommage à son père, décédé ici même il y a 25 ans. A la muleta, un démon : puissant, encasté, sauvage, d'une charge toujours magnifiquement enragée.
   Mais face à lui un torero, un grand torero : Antonio Ferrera, avec son savoir accumulé, sa soif de vaincre, son désir de montrer ses capacités de lidiador. Et Antonio Ferrera a gagné la partie, a dominé la fiera, a fait se lever d'admiration le public de Séville. Un grand moment de tauromachie.
   Merci  Platino, élevé sur les terres de Victorino Martin, merci Antonio Ferrera, maestro aguerri en mille batailles, d'avoir, en ce samedi 29 avril 2017, sur le sable de la Maestranza, montré à tous ce que pouvait être la grandeur de l'art taurin.

NB : Modestement vu sur le petit écran

jeudi 27 avril 2017

Palomo Linares

   En 1972, à Madrid comme partout en Espagne, l'aficion est déclinante, usée par plus de trente ans de franquisme durant lesquels le peuple aficionado est mis, lui aussi, sous l'éteignoir de la dictature. Les puissants en profitent : les toros ne sont la plupart du temps que des novillos afeités; partout les figures coupent, à bon compte, des montons d'oreilles. Mais lorsque le 22 mai, en pleine San Isidro, le président Pangua octroie une queue à Palomo Linares dans une corrida où il ne se coupa pas moins de neuf oreilles et une queue, face aux gentils et très peu armés toros d'Atanasio Fernandez (les domecqs de l'époque), au delà de l'euphorie de l'instant, le scandale est d'importance. La polémique enfle et dans les jours qui suivent le président doit démissionner.
   Auparavant, Palomo Linares avait été un novillero puntero, épigone du Cordobés dont il avait l'allure de chulo ainsi que l'origine sociale modeste (fils de mineur de Linares et lui-même apprenti cordonnier). Pris en charge durant toute sa carrière par les Lozano, son parcours de torero sera toujours relativement protégé. A ce titre, la temporada 1969 est restée dans les annales. En compagnie d'El Cordobés il écuma plazas de troisième catégorie et portatives devant un bétail indécent.
   Tout ceci n'empêche pas qu'il fut un bon torero et un homme à la personnalité accusée. Il était un matador populaire bien que le public lui fît parfois cher payer ses facilités et ses protections.
   Lorsque, à la fin des années soixante-dix, j'eus l'occasion de le voir, à Pamplona (devant des Pablo Romero), à Séville (en compagnie relevée : Curro et le Viti), son toreo, déjà assagi, ne m'a pas laissé de souvenir marquant, si ce n'est celui de sa silhouette fluette dans ses costumes blancs.
   Qu'il repose en paix.


















   NB :  Palomo Linares fut longtemps propriétaire, avec les Lozano, du prestigieux et ancien fer de Graciliano Pérez-Tabernero. Le fer appartiendrait aujourd'hui à ses fils mais j'ignore totalement s'il reste encore à la finca El Palomar de Seseña des descendants des fameux santacolomas de Graciliano.





















La personnalité complexe de Sebastian Palomo l'a poussé à s'exprimer également à travers la peinture. Après avoir parcouru la toile en quête de son œuvre j'ai été très agréablement surpris par le niveau de ses créations. Le hasard fait qu'a lieu actuellement au palais de l'infante Luis à Boadilla del Monte (Madrid) une rétrospective de son œuvre. Palomo Linares torero et artiste peintre!

mardi 11 avril 2017

Mont de Marsan 2017, les cartels de la Madeleine

mardi 18 juillet
concours landais

mercredi 19 juillet
Juan Pedro Domecq
Curro Díaz - José María Manzanares - Thomas Dufau

jeudi 20 juillet
matin : novillada sans picadors

Nuñez del Cuvillo
Enrique Ponce - Alejandro Talavante - Ginés Marín

vendredi 21 juillet
La Quinta
Juan Bautista - Ivan Fandiño - David Mora

soir : corrida portugaise

samedi 22 juillet
Torrealta
Sébastien Castella - José Garrido - Roca Rey

soir : novillada piquée
Patrick Laugier "Las Dos Hermanas"
Tibo Garcia - Adrien Salenc - Baptiste Cissé

dimanche 23 juillet
Adolfo Martin
Alberto Aguilar - Emilio de Justo - Alberto Lamelas

   Ce qui domine à la lecture de ces cartels c'est une impression de conformisme. De fait, à Mont de Marsan comme ailleurs, il ne fallait pas attendre beaucoup de fantaisie de la part de la plus importante empresa actuelle (ici le duo Simon Casas - Marie Sara). Toutefois parmi les points positifs on notera l'absence du Juli et de Morante  qui devrait avoir pour conséquence une meilleure présentation du bétail et un budget plus facile à équilibrer. Tout le monde y trouve son compte, l'aficionado comme le trésorier.
    En ce qui concerne les ganaderias, on aura droit à trois fois du domecq. Je fais partie de ceux qui pensent que deux fois aurait été largement suffisant laissant ainsi une ouverture à une plus grande variété d'encastes. Du côté des hommes je me réjouis de la présence de José Garrido et de Ginés Marín. D'autres jeunes comme Roman, Javier Jimenez ou l'Arlésien Thomas Joubert auraient également pu trouver leur place dans certains cartels. Je pense en particulier à celui de la corrida de La Quinta; la terna annoncée eut été parfaite il y a quelques années mais aujourd'hui, il faut bien le dire, elle sent le réchauffé.

  PS : J'ai, pour mon malheur, visionné la vidéo de présentation des toros. On n'y voit que bichos aux cornes emprisonnées et ganaderos démagogues et autosatisfaits. On jugera sur place en juillet.


  


lundi 3 avril 2017

Gamarde




Dimanche 2 avril       Arènes couvertes       Gamarde
pluie (à l'extérieur)
lleno

6 toros de José Cruz (inégaux, 8 piques, ovation pour le 4 et le 6) pour Curro Díaz (salut, deux oreilles), Thomas Dufau (une oreille, une oreille) et Joaquin Galdos (silence, une oreille).

 Les printemps sont pluvieux en Aquitaine et lorsque, comme aujourd'hui, les averses succèdent aux averses, on se dit que Gamarde, avec ses arènes couvertes et fermées, est le lieu idéal pour accueillir la première corrida de la saison.
Les toros de José Cruz (origine domecq), inégaux de volume et d'armures, ont trop souvent péché par excès de faiblesse bien que tous aient fait preuve de mobilité et de noblesse. Le dernier, brave et puissant, fut le meilleur de l'après-midi. A noter que quasiment tous rematèrent violemment aux burladeros, le magnifique second s'y brisa une corne alors qu'on s'employait à le placer pour une intervention du sauteur landais Fabien Napias. Il fut remplacé par un toro du même fer.
Déjà à son avantage face à son premier adversaire, fade, dans une faena toute entière donnée de la main gauche, Curro Díaz fut magistral à son second. Tout ce qu'il faisait était juste, adapté, dominateur. Parar, templar, mandar, conjugués à tous les temps et à tous les modes face à un toro, médiocre au départ, qui se livre de plus en plus et finit par paraitre meilleur qu'il n'était. Deux oreilles après un mete y saca et une estocade desprendida.
Deux entières portées avec foi (témoignage de ses progrès dans cet exercice) et d'effet rapide permirent à Thomas Dufau de couper chaque fois une oreille. Il commence bien sa faena au 2bis par des droitières liées mais le toro, distrait, lui échappe en fin de faena. Même scénario avec le 5 qui, après un début par cambiadas au centre, prend bien vite la poudre d'escampette pour se réfugier aux tablas.
Joaquin Galdos, après une faena templée mais forcément sans écho au faible troisième, eut du mal à s'accorder à la charge puissante du 6.


lundi 20 mars 2017

Vic Fezensac : les cartels 2017

Samedi 3 juin
11h   novillada
Raso de Portillo
Mario Palacios - Miguel Angel Pacheco

18h    corrida
Dolores Aguirre
Paulita - Octavio Chacon - Alberto Lamelas


Dimanche 4 juin
11h  corrida-concours
Miura - Valverde - Cuadri - Oliveira Irmaos - Valdellan - Los Maños
López Chaves - Morenito de Aranda - Michelito

18h  corrida
Palha
Alberto Aguilar - Emilio de Justo - Rubén Pinar


Lundi 5 juin
17h   corrida
Alcurrucén
Curro Díaz - Juan Bautista - Manolo Vanegas (alternative)


   Quand on compare les cartels de Vic à ceux de la plupart des plazas espagnoles on a l'impression d'être ici dans une oasis pleine de fraîcheur, bien loin du conformisme qui sévit outre-Pyrénées. On se dit que chaque jour il peut se passer quelque chose d'important; c'est le propre des cartels réussis. Côté toro, l'attente sera forte pour les quatre premières courses avec la présentation des Raso de Portillo, la présence indiscutable des Dolores Aguirre (un des élevages les plus passionnants de ces dernières temporadas), la variété d'encaste et le sérieux de la corrida-concours et, enfin, le retour des Palha en terre d'Armagnac. Côté homme, les combinaisons me paraissent équilibrées, mélange de lidiadors expérimentés, de toreros d'un corte plus artistique ( indispensable, selon moi, dans une feria toriste) et de nouveaux venus  que l'on imagine désireux de se montrer sous leur meilleur jour dans le besoin qu'ils ont de s'assurer des jours meilleurs. En tout cas, aucun torero ne me manquera, même si je regrette l'absence de Javier Cortes que l'on avait vu à son avantage l'an passé. Certes je suis un peu circonspect à propos de la présence de Michelito à la corrida-concours, sa carte de visite me parait en effet un peu mince, mais on peut penser que son Vicois de père l'a jugé capable de surmonter l'épreuve. Quant à Manolo Vanegas, la solidité dont il a fait preuve en tant que novillero la temporada dernière en faisait le candidat idéal pour recevoir la première alternative octroyée dans la plaza vicoise.